La guerre syrienne est dangereuse pour tout le monde : Une catastrophe vient d’être évitée de justesse

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“Abu Ivanka (Trump), may God enlighten you, your strike is equivalent to a rooster’s fart. Bennesh, a rebel controlled area, Syria. AFP photo.

Par Elijah J. Magnier : 

Traduction : Daniel G.

Une coordination et des contacts de dernière minute entre la Russie et les USA ont permis de réduire le risque de déclenchement d’une guerre généralisée au Moyen-Orient, aux conséquences dévastatrices et imprévisibles. Mais sera-t-il possible de l’éviter? Et pour combien de temps?

Le plan des USA consistait à frapper la Syrie, à paralyser sa capacité militaire, bref, à la détruire complètement. Les alliés de la Syrie connaissaient ce plan et prévoyaient une riposte générale sur plusieurs fronts. La Russie le savait et était prête à les soutenir en coulisse au moment opportun, tout dépendant de l’ampleur du conflit.

Comme c’est la coutume, Washington a informé Moscou de son intention d’attaquer la Syrie et ses alliés (à l’exception des lieux où les forces russes sont déployées), dont l’objectif était de détruire le plus possible l’infrastructure militaire de la Syrie et de ses alliés au Levant.

Israël a été également mis au courant et a placé son arsenal militaire en état d’alerte en cas de représailles. Cependant, les dirigeants militaires et politiques américains et israéliens croyaient que l’Iran et ses alliés auraient été en état de choc, en n’étant pas en mesure et en n’ayant pas l’intention de répondre à la puissance de feu américaine bien entendue supérieure.

Des sources liées aux alliés de la Syrie croient que l’attaque israélienne contre la base militaire T4 plus tôt ce mois-ci visait à tester la capacité iranienne et son état de préparation à riposter. Cette attaque a coûté la vie à sept officiers iraniens qui se trouvaient dans la base. Israël a évité une opération d’envergure contre l’Iran et voulait voir comment il réagirait à une frappe directe à portée limitée. Il est de notoriété publique que les quartiers généraux du commandement militaire iranien sont situés dans plus d’un bâtiment jouxtant l’aéroport de Damas. C’est là qu’est assurée la coordination de la logistique et de toutes les armes, munitions, forces, communications et cuisines pour l’ensemble du territoire syrien.

L’attaque israélienne visait donc à évaluer la réaction iranienne avant une frappe généralisée, apparemment planifiée bien à l’avance entre Washington et Tel-Aviv. Les pays du Moyen-Orient devaient en être informés sans que le moment et l’ampleur de l’attaque leur soient révélés en détail. L’establishment US n’attendait que l’occasion et le prétexte appropriés (une excuse à offrir au monde) pour frapper, c.-à-d. une « attaque chimique ». En sept ans de guerre, les djihadistes syriens sont devenus des experts dans la mise en scène de ce genre d’attaques avec l’aide de professionnels occidentaux. C’est du déjà vu : en 1982, Israël a entrepris son invasion générale du Liban seulement trois jours après la tentative d’assassinat de Shlomo Argov, l’ambassadeur israélien à Londres.

L’absence de réaction immédiate de la part des Iraniens a été bien notée par Tel-Aviv et Washington, sans nécessairement être prise comme un indicateur fiable de la réaction iranienne à une frappe plus importante sur la Syrie, ou comme une démonstration de la façon dont les dirigeants de l’Iran et du Hezbollah réagiraient à une attaque contre leurs nombreuses bases militaires disséminées dans tout le Levant. Sauf que cette fois, ce sont les USA (une superpuissance possédant une force de frappe immense et impressionnante) qui devaient frapper l’Iran, le Hezbollah et l’armée syrienne, et non Israël. La riposte de l’Iran est habituellement indirecte et se fait par l’entremise de ses alliés au Liban, en Syrie, en Irak ou au Yémen.

N’empêche que lorsque la Russie a été informée du plan d’attaque initial des USA, elle en a naturellement fait part à ses compagnons d’armes avec qui elle collabore au Levant en vue de défaire les djihadistes et d’aider le gouvernement syrien à reprendre le contrôle de l’ensemble de son territoire.

L’Iran a pris des mesures immédiates en évacuant toutes les bases militaires et en invitant ses alliés en Syrie à réagir promptement et en conséquence. Des réunions intensives ont eu lieu au Liban, en Syrie et en Iran en vue de coordonner une contre-attaque simultanée après la première vague de frappes par les USA et leurs alliés.

L’Iran n’a fait aucun effort pour cacher ses préparatifs militaires : les cibles étaient les bases militaires US au Moyen-Orient et les plus proches alliés arabes des USA. La Syrie, l’Iran et le Hezbollah ont aussi coordonné la préparation d’une contre-attaque immédiate le même soir, qui prévoyait le lancement de centaines de missiles contre des objectifs précis. Ce plan de guerre, opérationnel et actualisé, a été présenté à Sayyed Hassan Nasrallah. Sous sa direction, le moindre mouvement de ses officiers, plan de défense et plan militaire lié aux préparatifs de guerre est examiné minutieusement par lui. Le secrétaire général du Hezbollah est ainsi non seulement un dirigeant politique, mais le commandant réel de ses forces armées irrégulières bien organisées et équipées. Le commandement syrien et le Hezbollah ont donc tourné leurs missiles vers un seul et même objectif : Israël.

Les alliés irakiens de « l’axe de la résistance » étaient également prêts à participer et à contribuer au combat en Irak, en s’en prenant à la présence militaire américaine en Mésopotamie. Leur plan d’action était prêt et plusieurs centres opérationnels avaient été mis sur pied pour coordonner les ripostes.

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L’Iran a informé la Russie de ses intentions : « l’axe » préférait éviter une guerre totale dans la mesure du possible, mais était prêt à livrer sa seconde guerre menaçant son existence. La première guerre s’est déroulée en Syrie et en Irak contre les puissants groupes takfiris, qui étaient en pleine expansion au Levant et qui comptaient se rendre au Liban et en Iran ainsi que dans d’autres pays voisins qui n’étaient pas nécessairement liés à « l’axe de la résistance ».

L’Iran et le Hezbollah n’ont pas du tout cherché à cacher leurs préparatifs de guerre, bien au contraire. Pleinement conscients de la surveillance par satellite et de la présence continuelle de drones israéliens et américains, ils ont « sorti de leurs emplacements stratégiques habituels » quelques missiles pour montrer que leurs intentions étaient sérieuses.

« L’axe de la résistance » était bien au fait de la force de l’ennemi qu’il comptait affronter, dont l’immense capacité de destruction est inimaginable. Mais l’axe n’avait rien à perdre. L’expérience de guerre de 2006 a démontré que, malgré la puissance de feu et la capacité militaire supérieure qu’Israël possédait et possède encore, le Hezbollah a pu quand même l’obliger à mettre fin à la guerre, sans disposer d’une force aérienne, en lançant des roquettes et des missiles à courte, moyenne et longue portée. Aujourd’hui, le Hezbollah possède des missiles d’une bien plus grande précision et a dans sa mire un large éventail de cibles sensibles faisant partie de sa banque d’objectifs.

L’Iran et ses alliés se sont dit que la moindre absence de réponse à une attaque américaine signifierait une guerre possible au Liban pour détruire la capacité du Hezbollah, une autre guerre en Iran et la destruction totale des capacités de la Syrie, en permettant aux djihadistes d’avoir de nouveau l’avantage. Plus de 150 000 militants et djihadistes sont aujourd’hui sous le contrôle des Turcs et des Américains au nord de la Syrie et à al-Tanf. Il convient de noter aussi que le gouvernement irakien n’osera pas refuser toute nouvelle demande des USA de rester en Irak et d’y établir de nombreuses bases militaires.

L’intention derrière la déclaration de guerre à la Syrie et à ses alliés était très claire : l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) devait entreprendre son enquête à propos de la prétendueattaque chimique à Douma dimanche dernier à 10 heures, soit le lendemain de l’attaque soudaine par les USA, le R.U. et la France. Mais pour ce trio, l’attaque devait se faire « maintenant ou jamais ». C’est que tout rapport d’une équipe d’enquête internationale réfutant la prétention et l’accusation des USA aurait fait tomber le prétexte qu’il fallait à Washington pour lancer son attaque.

Les USA n’ont jamais eu l’intention de frapper la Russie, comme on l’a rapportérécemment. Le général américain Dunford, chef d’état-major des armées des USA, a confirméque ses forces étaient « en communication avec les Russes relativement à cette opération avant la frappe des cibles. C’est une procédure normale de désescalade de l’espace aérien et ces procédures sont en place pour toutes nos opérations en Syrie ». Les USA ont ainsi informé la Russie, qui a ensuite informé la Syrie pour qu’elle évacue tous les lieux faisant partie de la banque d’objectifs des USA et déploie ses missiles antiaériens de façon à intercepter le plus de missiles possible. La Russie a annoncé que 103 missiles ont été lancés contre la Syrie, dont 71 auraient été interceptés par des missiles datant de l’époque soviétique. Il faut dire aussi que même les systèmes d’interception de missiles Patriot, Dôme de fer et Fronde de David d’Israël n’arrivent pas non plus à donner des résultats supérieurs à 70 %.

« L’axe de la résistance » a décidé de jouer le tout pour le tout et de recourir à tous les moyens possibles, y compris un retour aux années 1980, sauf que cette fois-ci, chaque ressortissant des pays occidentaux impliqués dans une attaque contre la Syrie, l’Iran et le Hezbollah deviendra une cible potentielle, tout comme leurs bases militaires respectives autour du globe. La situation devenait très laide pour tout le monde. Les responsables de ce genre de guerre ont peut-être le pouvoir de choisir le moment de la déclencher, mais pas d’y mettre fin.

Le danger d’une conflagration illimitée est-il écarté? Pas entièrement. Le déclenchement de la Première Guerre mondiale en 1914 est attribuable à un événement « mineur » à Sarajevo, et la Syrie demeure toujours l’étincelle susceptible d’allumer le brasier. Le seul moyen de se sortir de cette situation dangereuse semble se trouver dans les mains de Donald Trump, qui n’a qu’à mettre en œuvre ce qu’il a promis de faire : retirer ses forces armées de la Syrie.

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