Assad : “Israël a mis notre patience à bout et l’Iran restera en Syrie aussi longtemps que nécessaire”. Poutine a-t-il arraché Netanyahu à ses « idées aberrantes » à propos de la Syrie et de l’Iran?

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Par Elijah J. Magnier: @ejmalrai

Traduction : Daniel G.

Le président syrien Bachar al-Assad a communiqué le message suivant aux dirigeants russes : « Israël a mis notre patience à bout (…). Les avions israéliens deviendront une cible légitime de nos systèmes de défense si Tel-Aviv ne met pas fin à sa provocation et n’arrête pas de prendre nos positions militaires et nos avions pour cibles. » Selon des preneurs de décisions, « Assad n’a pas l’intention de demander à l’Iran et à ses alliés de quitter le Levant tant qu’une partie du territoire syrien restera occupée ». Par « territoire syrien occupé », Assad englobe les hauteurs du Golan ainsi que le nord de la Syrie où se trouvent des forces turques et US qui, contrairement aux forces iraniennes, sont présentes sans le consentement du gouvernement syrien.

Les sources précisent aussi qu’« Assad croit que le gouvernement syrien ne se laissera pas amadouer par les offres russes de plan prévoyant le retour de tous les réfugiés, afin de pouvoir tenir les prochaines élections dans l’ensemble du territoire syrien et assurer la reconstruction de la Syrie par la communauté internationale, en échange d’un retrait iranien. Cependant, la mise en œuvre de la résolution 242 de l’ONU (1967) (retrait des forces armées israéliennes des territoires occupés lors du dernier conflit) et le respect de la souveraineté syrienne (cessation des violations israéliennes de l’espace aérien syrien) est la voie à suivre pour obtenir le retrait de toutes les forces de la Syrie, y compris celles de l’Iran.

La Russie cherche à créer de la stabilité au Levant, qui constitue une base permanente pour ses forces et une plateforme essentielle à un avenir économique meilleur et à un raffermissement de ses liens avec le monde. L’agence Tass a affirmé que le ministre des Affaires étrangères Sergey Lavrov et le chef d’état-major des forces armées Valeri Guérassimov « ont rendu visite au premier ministre israélien Benjamin Netanyahu pour discuter des enjeux concernant le conflit syrien ». La réunion de deux heures fait partie des visites réciproques prévues lors de la dernière visite de Netanyahu à Moscou, où il a rencontré le président russe Vladimir Poutine.

La Russie est coincée entre deux pays déterminés, la Syrie et Israël, dont les leaders respectifs n’abandonneront rien sans négocier ferme. Cependant, obtenir un retrait israélien des hauteurs du Golan occupé s’avère une tâche impossible pour Poutine, surtout avec Netanyahu au pouvoir. Par conséquent, il est plus probable qu’Israël continuera de violer l’espace aérien syrien et de bombarder des cibles au hasard. En contrepartie, il se pourrait bien que la Russie se contente d’observer, sourire en coin, l’armée syrienne répondre aux attaques israéliennes pressenties, en gardant espoir (mince) que cela amènera les deux parties à accepter de faire des concessions.

L’on s’attend à ce que la Russie communique avec le premier ministre israélien pour lui faire part de la possibilité que la Syrie tire sur les avions israéliens et réponde à toute nouvelle agression.

Au moment même où l’armée syrienne et ses alliés libéraient le sud de la Syrie (les provinces de Daraa et de Quneitra) et s’attaquaient au groupe armé « État islamique » (Daech) en vue de libérer les villages et le territoire qu’il occupe (le long de la zone de désengagement délimitée en 1974), quatre avions israéliens ont violé l’espace aérien libanais et lancé 10 missiles à partir de la vallée de la Bekaa contre une cible militaire syrienne entre les villes de Zawi et Deir Mama, dans la région rurale de Homs. Six de ces missiles ont atteint leur cible.

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A Syrian fighter jet is seen in flames after it was hit by the Israeli military over the Golan Heights on September 23, 2014. (photo credit: AFP/JALAA MAREY)

Le lendemain, soit le 24 juillet, Israël a lancé un missile Patriote contre un Su-22M4 syrien pendant qu’il bombardait Daech au sud de Quneitra. Il s’agit là d’une violation claire de l’accord de 1974 qui « autorisait les forces aériennes des deux côtés (Syrie et Israël) à effectuer des vols jusqu’à leurs limites respectives sans interférence de l’autre partie ». Israël, qui se croit fort parce qu’il a le soutien des USA et pense que la Russie est de son côté, provoque l’armée syrienne et la met au défi. Damas devrait attendre le moment propice pour frapper des colonies ou des villes israéliennes une fois que le sud de la Syrie sera débarrassé de Daech, ou peut-être même quand l’occasion se présentera.

Qui plus est, les centres d’entraînement militaire syriens disséminés à la grandeur du territoire aspirent à fabriquer des missiles à moyenne et à longue portée, grâce à leur longue expérience acquise après sept ans de guerre et à la mise au point de nouvelles technologies de guerre par les alliés de la Syrie.

Des sources parmi les responsables syriens ont affirmé que « Damas a conclu des accords de coopération et de défense avec plusieurs pays. Le développement de son arsenal fait donc partie du plan militaire voué à la défense de son territoire contre toute agression extérieure ».

Des sources parmi les alliés de la Syrie ont déclaré ceci : « L’Iran a réussi à livrer au Hezbollah des dizaines de milliers de missiles de tous les calibres. Les missiles les plus précis ont déjà été livrés et seront utilisés si jamais Israël décidait d’attaquer le Liban. Par conséquent, empêcher la Syrie de développer son arsenal est une idée irréaliste et idiote. »

C’est que les responsables israéliens ont soulevé la question de la mise au point d’armes de longue portée qui se poursuit en Syrie depuis plus d’une décennie. « Il est évidemment impossible de répondre à une telle demande, peu importe ce qu’Israël peut offrir en échange à la table de négociations, hauteurs du Golan occupé y comprises. Le Hezbollah possède ces missiles dans son arsenal et est arrivé à créer un rapport de forces avec Israël (il est parvenu à stopper les Israéliens lors de la deuxième guerre en 2006). La souveraineté de la Syrie est en jeu et sans missiles de précision, la Syrie devient faible. Israël ne négocie pas avec des pays faibles », a précisé la source.

Le message d’Assad est très clair et il est déterminé à stopper les nouvelles agressions israéliennes, ce qui témoigne de sa volonté indéfectible de riposter malgré les demandes des Russes de « réduire le niveau de tension avec Israël ». Pour Assad, « la sécurité et la protection de la Syrie l’emportent sur la relation avec notre allié stratégique russe. Le gouvernement syrien n’acceptera pas de faire preuve de réserve tant qu’Israël ne cessera pas de bombarder des cibles militaires en Syrie ». Assad rejettera toute demande de retenue si Israël continue de provoquer l’armée syrienne.

Durant les sept années de guerre imposée à la Syrie, Israël a lancé plus de 100 attaques contre des positions de l’armée syrienne dans différentes parties du pays. Il a également aidé les militants et les djihadistes en leur fournissant un soutien du point de vue militaire et du renseignement, un appui logistique et des services médicaux. L’armée syrienne s’est limitée à intercepter le plus de missiles possible et a abattu deux avions à une occasion (Israël n’a reconnu qu’une perte) au-dessus des hauteurs du Golan occupé pendant un raid israélien.

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Lors de la plus récente visite de Netanyahu à Moscou, ont affirmé les principaux preneurs de décisions en Syrie, le premier ministre israélien a indiqué que son armée « a l’intention d’attaquer Daech, al-Qaeda et les autres djihadistes et militants au sud de la Syrie le long de la zone de désengagement de 1974, puis de progresser en territoire syrien pour créer une zone tampon ». Le premier ministre israélien voulait que Poutine approuve ce plan, reconnaissant ainsi l’occupation permanente des hauteurs du Golan par Israël. Toute nouvelle négociation entre la Syrie et Israël se concentrerait alors sur le territoire nouvellement occupé et non plus sur celui occupé pendant la guerre des Six Jours en 1967, puis annexé en 1981.

Selon la source, le président Poutine a répondu que « la Russie peut garantir que l’Iran et ses alliés ne vont tirer aucun coup de feu au-delà de la ligne de démarcation de 1974 pendant la libération du sud de la Syrie. Cette ligne est approuvée par l’ONU, elle doit donc être respectée. Cependant, si Israël ordonne à son armée de franchir cette ligne, ce serait le plus beau cadeau que vous pourriez offrir à l’Iran et à ses alliés et une raison valide pour qu’ils vous attaquent. Je vais alors retirer mes forces du sud et vous laisser mijoter vos idées aberrantes ».

Netanyahu considère le président Poutine comme un grand ami d’Israël parce qu’il s’est engagé personnellement à empêcher toute attaque au-delà de la ligne de démarcation de 1974. Pour sa part, le président Assad juge que Poutine l’a emporté contre Netanyahu et le président Donald Trump en reconnaissant la ligne de démarcation de 1974. Autrement dit, la Russie n’a absolument rien consenti à Israël et aux USA. Elle s’est limitée à reconnaître la zone de désengagement établie, ce qui fait en sorte que toute négociation éventuelle en vue de récupérer les hauteurs du Golan occupé partira de là.

Assad a vaincu tous les pays qui ont « fait tout leur possible » – en offrant des dizaines de milliards de dollars, en investissant dans le renseignement, en envoyant des forces armées, en ouvrant la porte aux djihadistes du monde entier – juste pour qu’il dégage! Mais le régime est resté uni, compact et fort, et il l’est plus que jamais à l’issue de son expérience militaire incomparable. Par conséquent, Assad n’aura aucune réticence à riposter contre Israël quand l’heure sera venue.

Une fois le sud libéré, la Syrie se retrouvera devant deux forces d’occupation : les USA et la Turquie. Il n’y aura plus des dizaines, voire des centaines de groupes et d’organisations payés par différents pays étrangers pour poursuivre leur confrontation. Ainsi, quand Assad dit « ma patience est à bout », il signifie par là qu’il ne sera pas difficile de tirer sur des avions israéliens et que ses alliés, l’Iran et le Hezbollah, seront plus qu’heureux de lui prêter main-forte.

Assad fait aussi partie de « l’Axe de la résistance » et l’année 2018 ne ressemble en rien à la situation qui prévalait dans les années 2000, avant qu’Assad ne se joigne à l’Axe. À l’époque, la communauté internationale et les pays arabes avaient offert au président syrien de nombreuses concessions et un soutien financier pour qu’il stoppe l’envoi d’armes de l’Iran au Liban transitant par Damas et le port de Lattaquié. À un certain moment, Assad a dit au Hezbollah qu’il ne céderait pas aux Américains, mais qu’il ne se mettrait pas sur leur chemin. Aujourd’hui, après sept ans de guerre, la Syrie sait qui sont ses amis et ses alliés. L’Iran et le Hezbollah font partie de la Syrie et leur destinée est liée au Levant. Ils ont offert de l’argent, un soutien logistique, du pétrole, des hommes et des milliers de morts et de blessés pour maintenir l’unité de la Syrie. Assad ne pourra jamais oublier cela.

Pour sa part, la Russie est l’alliée de la Syrie et leur intérêt mutuel est la stabilité du Levant. Elle a aussi des intérêts à défendre auprès d’Israël, des USA et des pays du Golfe qui ont joué un rôle important durant les sept années de guerre en Syrie. Cependant, Poutine a réussi à avaler la provocation de la Turquie en 2015, lorsque le système de défense turc a abattu un Sukhoi russe pendant qu’il effectuait une opération contre des djihadistes dans la région rurale de Lattaquié. Va-t-il tout autant accepter les provocations continuelles de Netanyahu qui menacent la stabilité de la Syrie, en convenant et en croyant qu’il peut négocier sous les tirs?

Quand Poutine lance un ballon de football à Donald Trump pendant la rencontre d’Helsinki qui a eu lieu ce mois-ci, puis remet maintenant la balle à Netanyahu pour qu’il décide, encourage-t-il l’arrêt de ses incursions en Syrie ou leur escalade?

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