Après le changement de régime raté en Syrie, le Hezbollah devient la nouvelle cible

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Par Elijah J. Magnier: @ejmalrai

Traduction : Daniel G.

Après plus de sept ans de guerre dont l’objectif était un changement de régime en Syrie, le Hezbollah est dorénavant la nouvelle cible. Mais une question demeure : Après l’échec de la guerre de 2006, que peuvent faire les ennemis de cette organisation pour parvenir à leurs fins de la détruire?

Le secrétaire général du Hezbollah Sayyed Hassan Nasrallah a déclaré lors de son plus récent discours que « le Hezbollah est plus fort que l’armée israélienne ». Israël a répliqué en montrant un exercice de simulation de guerre contre le Hezbollah par la brigade Golani et la 7ebrigade blindée, en présence du chef d’état-major Gadi Eisenkot. La simulation suivait une série d’exercices de routine des forces terrestres de la 36edivision, qui visaient à « améliorer la coordination et l’état de préparation en cas de guerre ».

Dans un message précisant qu’il ne fera pas de distinction entre militants et civils, Israël a annoncé la construction d’une nouvelle base d’entraînement sur les hauteurs du Golan occupé, l’installation de Snir, qui se veut une reproduction de villages libanais dans lesquels les soldats israéliens pourraient se retrouver en situation de combat si une invasion du Liban est ordonnée.

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Le Hezbollah a fait pareil en construisant des villages israéliens fictifs à la frontière libano-syrienne à des fins d’entraînement au combat en préparation à la guerre. Sayyed Nasrallah a promis de déplacer la bataille hors de la frontière libanaise et a demandé à ses hommes de se préparer à combattre en « sol ennemi » si une guerre est imposée au Hezbollah.

Les menaces à répétition d’Israël contre le Liban et le Hezbollah n’ont rien d’étonnant pour Sayyed Nasrallah, qui n’y accorde pas une importance disproportionnée. En fait, il se tient informé de toutes les nouvelles concernant Israël, le Moyen-Orient et la situation mondiale qui l’intéressent. Une équipe spéciale formée de dizaines de traducteurs et d’experts des médias recueille chaque jour toutes les nouvelles de sources publiques et tient le chef du Hezbollah informé, tout comme ses services du renseignement, présents dans divers pays, et ses propres contacts personnels avec ses alliés qu’il rencontre régulièrement.

Il est au courant des propos du major-général Yitzhak Brik, le commissaire responsable des droits des soldats de l’armée israélienne, qui a parlé d’une crise majeure au sein d’une armée qui est devenue « une organisation médiocre surchargée et épuisée ».

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Brik a déclaré que les principaux responsables vendent une fausse image de l’armée qui ne correspond pas à la réalité. « Nous sommes devenus un groupe de poltrons. Il y a un manque de motivation grave parmi les jeunes officiers ».

Pour sa part, l’ancien chef du bureau de liaison israélien Nativ, Yaakov Kedmi, a déclaré que « la motivation à servir comme militaire a baissé. La société israélienne ne veut plus accorder de privilèges à l’armée ».

Sayyed Nasrallah n’a pas insinué que son organisation possède une armée de l’air (inexistante évidemment) supérieure à celle d’Israël. Le Hezbollah ne reçoit pas non plus de l’Iran un soutien financier équivalent à celui fourni par les USA à Israël, qui comprend des « soldats américains prêts à mourir pour Israël ». Sayyed Nasrallah compte sur un groupe de jeunes hommes expérimentés à l’idéologie forte qui ont suivi un entraînement poussé et qui ne craignent pas la mort, sans toutefois la chercher. Le Hezbollah a pour but de lutter contre Israël et ses alliés qui cherchent à éradiquer le groupe : c’est une question de survie.

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Le Hezbollah a prouvé sa capacité au combat contre le groupe armé « État islamique » (Daech), Al-Qaeda et d’autres groupes takfiris au Liban et en Syrie. Le groupe libanais n’a perdu qu’une bataille au cours des six dernières années de guerre, qui s’est déroulée sur la colline d’el-Eiss en avril 2016. La défaite était due à un manque de coordination entre les forces alliées. Le plan militaire établi ce jour‑là était que les forces alliées devaient occuper la colline d’el-Eiss entourant la ville du même nom, qui devait être libérée par le Hezbollah. Les alliés se sont retirés de la colline sans en informer les forces dans la ville. Ce manque de communication a causé la mort de 28 membres du Hezbollah dont les corps, enterrés sur le champ de bataille, n’ont pas encore été récupérés.

Mais ce revers militaire n’a pas nui au rendement du parti, qui a su à la fois mener des opérations de guérilla contre différents groupes et participer à des batailles au sein de formations armées classiques (syriennes et russes). De concert avec ses alliés et l’armée syrienne, le Hezbollah est parvenu à libérer un territoire au moins 14 fois plus grand que le Liban (la Syrie a une superficie d’environ 180 000 km2, tandis que celle du Liban est de 10 453 km2).

Le Hezbollah a prouvé sa fidélité à la Syrie, dont le président Bachar al-Assad a rejeté une offre récente de l’Arabie saoudite pour la reconstruction de tout ce qui a été détruit en sept ans de guerre et son maintien au pouvoir, avec l’appui des USA, à la condition qu’il abandonne la Palestine et le Hezbollah. Assad a rejeté cette offre « généreuse », mais empoisonnée, comme il l’a décrite en privé.

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Les années de guerre ont permis à Assad de faire la distinction entre ses alliés et des pays comme l’Arabie saoudite, qui ont investi beaucoup pour le renverser en détruisant son pays : « Un allié idéologique (Hezbollah) est préférable au plus riche de tous les pays, parce que ce véritable allié ne l’abandonnerait jamais et qu’en Syrie, il n’a pas d’ambition autre que de maintenir la stabilité au Levant et d’empêcher les djihadistes takfiris, soutenus par les pays arabes et occidentaux, de créer un État en déliquescence », répète souvent Assad à ses visiteurs.

Le Hezbollah a justement donné l’ordre d’évacuer ses unités militaires de l’ensemble des villes et des villages syriens sans exception : aucune force militaire du Hezbollah ne restera dans des zones urbaines. Sa présence (militaire) se résumera à la frontière entre les deux pays.

Le Hezbollah concentre désormais son attention militaire sur la frontière avec Israël, en se préparant en vue d’une guerre qui pourrait éclater demain ou jamais n’avoir lieu.

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Un auteur rattaché à un centre d’études et de recherches occidental a récemment appelé l’Occident à « se réveiller », en prétendant que le Hezbollah étend ses activités à l’Europe et s’adonne au trafic de drogues pour obtenir des ressources parce que la pression occidentale sur Téhéran menace ses sources de financement. Bien d’autres auteurs appellent à l’élimination du Hezbollah qu’ils considèrent comme une menace pour le Liban. Ces articles font ressortir l’ignorance occidentale à propos du mode de pensée du Hezbollah, de son travail, de son pouvoir, de son financement et de ses objectifs.

Le Hezbollah est plus fort que l’armée et les forces de sécurité libanaises réunies. Il ne songerait toutefois jamais à prendre, à dominer ou à contrôler autrement le Liban pour toutes sortes de raisons sans lien avec sa capacité de combat supérieure.

Le parti est bien conscient que le Liban est un pays multiethnique (il comprend 18 sectes et religions) et qu’une « république islamique » est inatteignable, car les conditions sont actuellement défavorables. Le Hezbollah ne veut pas et ne peut pas répondre aux demandes d’un État et veiller au bien-être de l’ensemble de sa population parce qu’il ne possède pas les ressources d’un État. Le groupe n’est pas en mesure de gérer un pays possédant très peu de ressources, un pays qui dépend de l’aide étrangère (arabe et occidentale) qu’il reçoit, un pays qui ne peut se permettre d’être isolé du monde comme il le serait s’il était dirigé par le Hezbollah.

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En outre, le Hezbollah a accepté la nomination d’un ministre de l’Intérieur (sunnite) qui lui est opposé politiquement et qui est proche de son plus grand ennemi politique (l’Arabie saoudite), parce qu’il ne veut pas être tenu responsable de la sécurité intérieure du pays. L’organisation ne veut pas non plus être accusée de sectarisme, de corruption et d’extorsion, ou d’arrestation de djihadistes sunnites sur des bases sectaires.

Le Hezbollah croit pouvoir continuer d’exister indéfiniment seulement si la population locale, notamment les chiites au Liban, se rallie au groupe et lui procure un environnement sécuritaire pour ses opérations. C’est l’élément clé : les militants du Hezbollah, leurs familles et leurs partisans forment environ 25 % de la population libanaise (on estime que les chiites forment plus de 30 % du total des sectes et des religions présentes du Liban).

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Depuis 1945, l’État libanais a négligé sa communauté chiite qui, pendant des décennies, a vécu dans des conditions pires que dans les camps de réfugiés palestiniens disséminés dans l’ensemble du territoire libanais. Lorsque l’occasion s’est présentée de prendre les armes et se forger une identité, cette communauté n’a pas hésité un instant.

Israël a renforcé sa raison d’êtreen envahissant le Liban en 1982. Le Hezbollah a vu le jour pour combattre Israël d’abord, puis pour libérer le territoire libanais dans un second temps. Il a ensuite soutenu « l’Axe de la résistance » en Irak, en Syrie et au Yémen. Aujourd’hui, les chiites du Liban n’ont plus besoin de recourir à la Taqiya(cacher ou dissimuler ses croyances, ses convictions, ses idées, ses sentiments, ses opinions ou ses stratégies devant un danger imminent) et ils ne déposeront pas leurs armes en cas de menace à leur existence provenant de l’intérieur ou de l’extérieur. Quelle que soit la gravité de la menace qu’Israël et les USA font peser sur les régions chiites au Liban, leurs habitants n’abandonneront pas le pouvoir, la dignité et le statut qu’ils ont acquis au Liban.

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Le Hezbollah emploie aujourd’hui des dizaines de milliers de chiites (pour ses activités militaires et sociales), qui contribuent de façon positive à l’économie chancelante du Liban. Ces dizaines de milliers de personnes qui ont grossi les rangs du « Hezbollah » ne sont pas arrivées au Liban d’une autre planète, d’un autre pays ou d’un autre continent. Ce sont des habitants du Liban, des gens qui vivent dans les banlieues sud de Beyrouth, à Jubayl, à Saïda, à Tyr, dans la Bekaa, à Baalbek, à Hermel et dans toutes les parties du Liban. Ainsi, ceux qui appellent à l’abolition du Hezbollah demandent en fait la destruction d’une partie intrinsèque et importante de la population libanaise.

Les USA ont investi en vain des centaines de millions de dollars pour contrer le Hezbollah au Liban et nuire à son image. Dans une lettre adressée à Abou Mussab al-Zarqaoui (interceptée par les forces US en Irak le 9 juillet 2005), le dirigeant d’Al-Qaeda Ayman al-Zawahiri, qui prenait alors pour cible les chiites au lieu des forces occupantes en Irak, a même demandé ceci : Dans l’histoire, un État islamique a-t-il déjà réussi à éliminer les chiites?

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