Trump et Soleimani vont-ils s’échanger l’Irak contre la Syrie?

Par Elijah J. Magnier (à Beyrouth): @ejmalrai

Traduction : Daniel G.

Trump va retirer ses troupes dans 30 jours…. Trump ne les retirera pas tout de suite… Trump va retirer ses troupes de la Syrie dans quatre mois… Les forces américaines ont commencé à retirer de l’équipement militaire, mais pas du personnel… Trump va maintenir une zone tampon de 20 milles en Syrie…

Toutes ces déclarations contradictoires provenant de la Maison-Blanche ce dernier mois font ressortir l’inexpérience de son occupant actuel en matière de politique étrangère. Personne au Moyen-Orient ne croit Trump. Seul le président Erdogan avait confirmé la ferme intention des USA de se retirer de la Syrie, mais il a été rabroué par la menace de Trump de « dévaster l’économie de la Turquie en cas d’attaque contre les Kurdes ». Mais peu après sa menace proférée à Erdogan, Trump a de nouveau changé d’idée en annonçant soudainement un nouveau plan en vue de créer une zone tampon « pour protéger les Kurdes », les pires ennemis de la Turquie au Levant. Trump sème beaucoup de confusion quant à son intention de quitter, ou non, la Syrie. 

Ce n’est pas bien grave si le monde ne comprend pas quels sont les plans de Trump. Il ne sert à rien d’essayer d’analyser et de prévoir ce qu’il fera ensuite, car Trump lui-même ne semble pas le savoir. Il se réveille un matin avec une décision en tête, qu’il change quelques heures plus tard ou le lendemain. 

Les plans changeants de Trump n’empêchent toutefois pas son adversaire, le général iranien Qassem Soleimani – chef des forces Al-Qods du Corps des gardiens de la révolution iranienne, qui est responsable se soutenir tous les mouvements des opprimés dans le monde, principalement le Hezbollah libanais et des groupes irakiens, palestiniens et afghans, mais d’autres aussi – d’élaborer ses propres plans afin de contrecarrer Trump en Syrie et en Irak.

Des sources bien informées affirment que « Soleimani tient des réunions avec divers groupes qui lui sont alliés au Moyen-Orient pour s’opposer aux forces américaines et les pousser à quitter l’Irak et la Syrie ». D’après ces sources, l’Iran et la Russie ne croient pas à la volonté de retrait déclarée par Trump. Les deux pays sont convaincus qu’au moins une partie des forces américaines vont rester au Levant. Soleimani a l’intention de prendre des mesures plus énergiques avec ses alliés après la reconquête du dernier bastion de Daech à l’est de l’Euphrate. Daech détient encore un territoire d’environ 15 km2le long de l’Euphrate, où se trouvent plusieurs villages, mais le groupe armé est actuellement en proie aux attaques des forces kurdes soutenues par la coalition. 

Le président Bachar al-Assad a convenu avec le conseiller à la sécurité nationale irakien Faleh al-Fayyad de recommencer à coordonner les activités des groupes tribaux au nord-est de la Syrie avec celles des forces irakiennes. « Assad a donné le feu vert à l’Irak pour travailler en coordination avec les tribus arabes en Syrie et déployer les forces de sécurité irakiennes en Syrie au besoin pour mettre fin au contrôle de Daech si les USA ne sont pas prêts à faire le travail rapidement. »

Pareil arrangement présente toutefois des inconvénients potentiels dont la Syrie et l’Irak ont conscience. Les forces américaines qui occupent le nord-est de la Syrie pourraient s’en prendre aux forces irako-syriennes s’attaquant aux zones contrôlées par Daech, comme elles l’ont fait par le passé. L’an dernier, des avions israéliens ont bombardé le centre de commandement et de contrôle des Hachd al-Chaabi à la frontière avec la Syrie, tandis que des avions américains ont détruit à deux reprises des forces syriennes qui tentaient d’attaquer Daech, une fois en traversant l’Euphrate, une autre en s’avançant en direction d’al-Tanf.  

« Si jamais les USA attaquaient les forces irakiennes, cet acte d’agression mettra de la pression sur le gouvernement irakien pour qu’il demande le retrait total des forces américaines de l’Irak. Si cela n’arrive pas, un autre moyen de pression sera exercé pour s’assurer que les forces américaines en Irak demeurent sous une menace constante. De nombreux groupes en Mésopotamie sont hostiles aux USA et déterminés à libérer leur pays de la présence de toute force étrangère, tout particulièrement américaine, considérée comme responsable de tous les problèmes dont souffre le Moyen-Orient », ont fait savoir les sources.

 « L’Axe de la résistance » compte ainsi en découdre avec l’hégémonie américaine au Levant et en Mésopotamie. L’Irak et la Syrie ne sont pas des amis de Washington et n’agiront jamais comme les monarchies du Golfe, que les USA protègent. Si l’administration américaine décide de rester en Syrie en poursuivant son occupation du pays ou en établissant une « zone tampon », une redistribution des cartes s’ensuivra. 

Si cela se produit, la Turquie, perçue jusqu’à maintenant comme amie de la Russie, pourrait devenir un ennemi en occupant le nord-est de la Syrie et en déployant ses forces dans la zone tampon proposée par Trump. Si jamais la Turquie va de l’avant, elle passera dans le camp hostile par son opposition au plan de la Russie qui est de protéger l’intégrité de la Syrie. L’arrangement avec les USA pourrait bien permettre à la Turquie de réaliser son rêve d’occuper une partie de la Syrie. En pareil cas, la Turquie sera considérée comme un ennemi et subira les attaques des Syriens soutenus par Damas. Les tribus arabes locales et les Kurdes seront armés, pour qu’ils puissent se défendre et contre-attaquer les forces turques ou leurs alliés à Hassaké. 

Les Kurdes et Damas poursuivront alors un même objectif, qui sera le retour du nord-est de la Syrie sous contrôle de l’armée syrienne au lieu de subir le contrôle des Turcs ou quelque entente conclue entre les USA et la Turquie. L’Iran va aussi combattre les USA par l’entremise de ses alliés au Moyen-Orient, y compris en Irak. Ce qui n’est pas clair, c’est pourquoi les Forces démocratiques syriennes (SDF, dirigées par les Kurdes) ont annoncé qu’elles étaient prêtes à soutenir la création d’une zone de sécurité, une zone faisant 420 km de largeur et 32 km de profondeur (plus grand que le Liban) que plus de 80 000 hommes massés par la Turquie à proximité voudraient bien prendre dans les provinces de Raqqa et d’Hassaké sous contrôle kurde.

L’administration américaine a demandé aux Iraniens d’intervenir auprès des Talibans afin d’épargner aux forces américaines des attaques mortelles. Elle a aussi demandé à l’Iran de s’abstenir d’attaquer ses troupes en Irak. L’assentiment à ces demandes sera consenti si les USA répondent favorablement à une requête importante de l’Iran : le retrait total de la Syrie. Si Trump n’y parvient pas, le président américain risque d’avoir des sueurs froides pendant un été qui s’annonce chaud. 

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