Netanyahu tient à impliquer Israël dans une guerre. Qu’en pense Moscou?

Par Elijah J. Magnier: @ejmalrai

Traduction : Daniel G.

Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu va rencontrer le président russe Vladimir Poutine à Moscou afin de « tâter le terrain quant à l’intention de la Russie et de ses alliés en Syrie d’entrer en guerre si Israël bombarde des objectifs syriens et iraniens au Levant ». Netanyahu cherche à savoir comment la Russie réagira et si elle participera ou non à une bataille intermittente possible au milieu d’une guerre (Israël préfère parler de « bataille entre des guerres »). Cette tactique, qui est une spécialité israélienne, pourrait prendre la forme d’un bombardement visant les batteries de missiles sol-air russes S-300 livrées à l’armée syrienne pour servir de rempart contre toute nouvelle agression israélienne. 

« L’Iran et la Syrie ont informé leur allié russe que toute frappe militaire israélienne significative menaçant leur sécurité nationale fera l’objet d’une riposte immédiate d’une puissance disproportionnée », a indiqué une source faisant partie des principaux preneurs de décisions en Syrie. 

La dernière violation de la souveraineté syrienne par Israël était une provocation contre une cible facile à Quneitra lancée par l’artillerie israélienne. Elle a été perçue comme une tactique puérile de la part de Netanyahu, que ses alliés considèrent, selon la source, comme un néophyte des questions militaires qui ne s’y connaît que sur le plan politique. 

D’après la source comptant parmi les hauts dirigeants en Syrie, « Israël aimerait retarder le départ des Américains de la Syrie en déclenchant une bataille, mais pas une guerre étendue. En ciblant des objectifs militaires syriens et iraniens malgré l’avertissement clair lancé par les deux pays, le premier ministre israélien pourrait augmenter ses chances de remporter la prochaine campagne électorale, mais seulement s’ils ne ripostent pas. Si le trio formé par la Syrie, l’Iran et le Hezbollah décide de répondre à toute attaque israélienne par une guerre plus étendue, ce dont ont convenu toutes les parties concernées, Netanyahu va fort probablement réduire ses chances d’obtenir un nouveau mandat ». 

« Le premier ministre israélien paraîtra très faible s’il ne réagit pas. S’il le fait, il sera confronté à une bataille dévastatrice sur de nombreux fronts. Au départ, c’est l’armée syrienne qui va riposter, mais si les forces de l’Iran et du Hezbollah déployées au sein de l’armée syrienne sont frappées, la bataille s’élargira tout dépendant jusqu’où Netanyahu est prêt à aller. Dans ce dernier scénario, les chances de réélection de Netanyahu devraient s’amincir quand des missiles de précision commenceront à pleuvoir au cœur même d’Israël. Les Israéliens jugent aujourd’hui toute aventure guerrière de leur premier ministre inutile. S’il s’y met, le soutien obtenu par Netanyahu au sommet de Varsovie sera jeté aux orties », a précisé la source.

Israël possède la capacité militaire de neutraliser et frapper les systèmes de défense antiaérienne russes S-300. Mais l’alliance syro-iranienne ne considère pas ce système comme une composante essentielle d’un affrontement contre Israël. Le Hezbollah n’avait pas de missiles antiaériens S-300 ou même S-200 lors de la dernière guerre qu’Israël lui a imposée en 2006. Mais il est parvenu quand même à un équilibre des forces contre la toute puissante machine militaire israélienne et ses forces aériennes.

Aujourd’hui, la Syrie possède des missiles de précision pouvant être lancés contre une liste détaillée d’objectifs israéliens si l’axe de la résistance décide de riposter sans l’accord des Russes. Voilà pourquoi il est important de comprendre que les positions et les réactions respectives de la Russie et de ses alliés ne sont pas nécessairement au diapason. Moscou a de bonnes relations avec Israël qu’il souhaite maintenir, et ne veut pas être impliqué dans un conflit permanent mettant aux prises Israël, la Syrie, l’Iran et le Hezbollah. Les trois derniers joueurs ne sont absolument pas concernés par les bonnes relations entre la Russie et Israël. Selon la source, les forces de Moscou en Syrie auront tout le loisir de compter le nombre de missiles qui passeront au-dessus de leurs têtes au Levant si Israël veut la guerre.

Si la Russie reste en dehors du conflit par crainte d’être entraînée dans une guerre à laquelle les USA interviendraient en faveur d’Israël, l’axe n’y voit pas d’objection. « Les forces US sont déjà sur un pied de guerre en permanence contre ces trois joueurs depuis de nombreuses années. »

« Washington est lié directement à toutes les guerres israéliennes contre les pays arabes depuis les années 1960 jusqu’à la dernière guerre contre le Hezbollah en 2006. Ses forces sont ouvertement présentes en Israël depuis longtemps et prennent part à la guerre syrienne sur le terrain. Par conséquent, l’axe ne craint pas une participation des USA. Quant à savoir quelle est la position des Russes à cet égard, c’est leur affaire et nous ne voulons pas nous en mêler, comme les Russes ne souhaitent pas intervenir dans le conflit qui nous oppose à Israël », de poursuivre la source.

Rien de nouveau n’est attendu de la visite de Netanyahu à Moscou. Il s’agit fort probablement d’un événement médiatique de la campagne électorale, car le premier ministre consacre la majeure partie de son temps à sa réélection. L’équation demeure toutefois très simple : si Netanyahu veut mettre à l’épreuve la réaction syrienne, il obtiendra une bataille inattendue et non souhaitée. S’il veut élargir la bataille, ce sera la guerre sur de multiples fronts.

Les dirigeants syriens croient que Trump va finir par se retirer de la Syrie. Le plan visant à reprendre complètement le contrôle de tout le territoire syrien occupé par les forces US ne repose pas sur un président américain qui subit une forte pression de la part d’une administration qui veut que ses troupes restent sur place. Les USA finiront par partir tôt ou tard. La Syrie compte sur sa force et celle de ses alliés, d’autant plus que le danger pour la Syrie diminue de jour en jour. La décision de lancer une bataille et d’étendre son périmètre dépend vraiment de Netanyahu, qui possède l’initiative. Si Poutine peut le convaincre de ne pas jouer sur la scène syrienne, ce sera tout un accomplissement de la part de la Russie. Mais l’axe de la résistance ne compte pas sur pareil résultat. Ses membres ont choisi plutôt d’armer leurs missiles.

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