L’Europe paie le prix de la décision des USA. Où les « Daechiens » européens iront-ils?

Par Elijah J. Magnier: @ejmalrai 

Traduction : Daniel G.

Sur Twitter, la tribune préférée du président des USA pour révéler la politique étrangère et les décisions de l’État, Donald Trump a demandé que « la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne et les autres alliés européens reprennent plus de 800 Daechiens capturés en Syrie », originaires de 44 pays. Sans quoi Trump va « les libérer », sans avoir toutefois précisé où et dans quels pays. Le président des USA n’est pas prêt à attendre « que les autres (les pays européens) fassent leur travail ». C’est tout à fait typique de la politique étrangère de l’administration américaine et de ses relations avec ses alliés. Les USA ont demandé aux Canadiens, aux Australiens et aux pays européens et du Moyen-Orient d’envoyer des troupes en Syrie pour « combattre Daech ». Mais quelques années plus tôt, ils avaient demandé aux pays européens de laisser les djihadistes en puissance se rendre en Syrie et en Irak, et à l’Arabie saoudite et à la Jordanie d’ouvrir leurs prisons et d’accorder le pardon à leurs djihadistes purs et durs pour qu’ils puissent se rendre à leur destination rêvée, le Levant, afin de détruire l’État syrien et de créer un scénario « d’État en déliquescence ». 

Mais leurs souhaits n’ont pas été exaucés et le président Bachar al-Assad n’est pas tombé dans les 3 à 6 mois suivants comme prévu en 2011. Aujourd’hui, le monde se trouve devant un nouveau casse-tête : Que faire de ceux que nous avons aidés à entrer en Syrie dans le but de terroriser, violer et tuer le peuple syrien, et qui veulent maintenant retourner dans leur pays d’origine? Il est évident que l’administration américaine ne veut pas aider l’Europe à s’occuper de leurs résidus humains qui ont joint les rangs de Daech à la demande des USA. 

Jusqu’à maintenant, des milliers de membres de Daech ont réussi à revenir en Europe et ils sont encore plus nombreux à avoir regagné leurs pays d’origine au Moyen-Orient, en Asie et en Afrique. Il s’agit de combattants, dont une minorité avaient déjà été incarcérés dans leur pays d’origine, qui avaient répondu à l’appel au djihad et qui sont arrivés en Syrie et en Irak avec le concours des services du renseignement occidentaux et alliés, dans le but de participer au djihad et de joindre le califat d’un « État islamique ». 

Ils se sont rendus au Levant pour diverses raisons : joindre un membre de leur famille ou des amis, par goût de l’aventure, pour l’adrénaline de pouvoir porter des armes et tuer, pour trouver une ou plusieurs épouses, pour vivre dans une société plus conviviale et chaleureuse (au Moyen-Orient, les réunions sociales et familiales sont plus étroites et chaleureuses qu’en Europe). Très peu connaissaient l’Islam avant de parvenir à destination et moins encore connaissaient en détail les enseignements islamiques, les hadiths et les lois islamiques. Mais ils ont tous une chose en commun : ils ont tué des milliers d’Irakiens et de Syriens.

Les pays d’Europe et du Moyen-Orient ont ouvert des « corridors djihadistes » vers la Syrie, principalement via la Turquie dont les dirigeants accueillent l’immigration djihadiste à bras ouverts. L’aéroport d’Ankara avait établi des corridors spéciaux pour desservir les combattants nouvellement arrivés et les envoyer vers l’est. L’objectif était de diviser la Syrie et l’Irak. Le monde est resté impassible lorsque Daech cumulait des ressources financières substantielles. Daech a volé des centaines de millions de dollars en argent comptant et en or des banques. Il vendait du pétrole, des matériaux d’infrastructure et de l’artisanat à la Turquie et recueillait chaque mois de gros montants tirés des taxes locales sur les services, le logement, l’électricité, l’agriculture, la circulation automobile, l’échange de marchandise et d’autres sources, qui ont rapporté énormément dans la zone sous son contrôle. 

Le président Barack Obama a eu le cran de dire qu’il ne voulait pas que l’air au-dessus de la Syrie et de l’Irak soit pollué par le bombardement des camions-citernes de Daech. En 2014 et 2015, les USA prétendaient combattre Daech en Syrie alors que le territoire sous sa coupe ne cessait de croître et de prospérer. Il a fallu attendre l’intervention des Russes à partir de septembre 2015 pour que ces camions-citernes soient détruits, ce qui a permis de réduire l’écoulement du pétrole volé vers la Turquie et cette source de revenus pour Daech.

Il est fort possible que le chef de Daech Abou Bakr al-Baghdadi ait suivi l’exemple de Saddam Hussein en cachant ses ressources financières et ses armes pour les jours sombres. Les services du renseignement irakiens croient que Daech a mis sur pied plusieurs entreprises civiles pour maintenir les rentrées d’argent et ainsi pouvoir financer l’insurrection et poursuivre le recrutement. Selon des sources dans les services de sécurité irakiens, une unité du renseignement a arrêté les membres de dizaines de cellules liées à Daech qui transigeaient des centaines de millions de dollars pour le compte du groupe. 

Daech est également présent dans bien des grottes et ailleurs dans le désert liant la Syrie et l’Irak. Des dizaines d’attaques et d’assassinats moins spectaculaires, mais d’une importance significative, ont lieu tous les mois dans les provinces de Salahouddine, Ninive, Diyalah et Kirkouk, ainsi que dans les montagnes d’Hamrin-Makhoul, qui causent la mort de dizaines d’Irakiens. Daech a kidnappé ce mois-ci 19 Irakiens le long de la frontière entre l’Irak et l’Arabie saoudite (‘Ar’ar to Nekheyb), dans le désert d’al-Anbar. Six corps ont été découverts jusqu’à maintenant.

Daech semble aujourd’hui multiplier les attaques terroristes pour montrer qu’il est toujours vivant et capable. Nous pouvons nous attendre à de nombreuses attaques insurrectionnelles au Moyen-Orient, même quand il aura perdu tout son territoire. 

Mais l’insurrection de Daech n’est pas bien loin de l’Europe, où toute attaque peut attirer plus de publicité au groupe et contribuer à donner un élan à ses efforts de propagande. Les attaques sur Paris et Bruxelles (pour ne nommer que celles-là) ont insufflé un sentiment de puissance colossal aux fans de Daech. Ces attaques avaient été planifiées par le commandement de Daech à Raqqa.

Ainsi, le retour de centaines de militants de Daech en Europe créera un dilemme pour les mêmes dirigeants européens qui pourraient avoir été derrière l’envoi de ces apprentis terroristes au Levant, dont la plupart sont devenus des tueurs notoires en Syrie et en Irak. Bon nombre ont été tués dans des attaques terroristes, mais ceux qui restent ont très bien appris comment livrer bataille et tuer brutalement.

Daech a été défait et les circonstances qui lui ont permis de croître en 2014 ne sont plus présentes. Ils sont nombreux aujourd’hui à capitulerdans leur dernier bastion en Syrie. Cela dit, la disparition du territoire de Daech ne met pas fin à la présence du groupe au Moyen-Orient, en Europe et dans le reste du monde (principalement en Afrique de l’Ouest, en Libye, en Irak, en Égypte, au Yémen, en Afghanistan et aux Philippines).

Trump lance un ballon d’essai enflammé à l’Europe en demandant aux pays européens de reprendre leurs ressortissants, signalant ainsi qu’il ne compte pas livrer les prisonniers daechiens au gouvernement syrien. Il n’y a pas de prisons adéquates en Europe capables d’incarcérer de telles recrues, aucun moyen de déradicaliser ces Européens ou de défaire le lavage de cerveau qu’ils ont subi. Rien ne garantit que les militants de Daech arrêtés s’abstiendront de partager leur idéologie et leurs compétences et de devenir des cellules dormantes prêtes à frapper à la première occasion.

Il y a moyen de combattre l’idéologie de Daech à l’aide des mêmes outils que ceux employés par Daech. Ses croyances sont condamnables sur le plan intellectuel et religieux par les autorités religieuses islamiques. Le groupe a été désapprouvé par les oulémas religieux sunnites, qui ont reproché ses rationalisations et son État autoproclamé. Al-Qaeda est également vulnérable à pareilles attaques idéologiques. Mais l’efficacité de ce genre de critique reste à voir.

Bien que le ministre de la Sécurité français Christophe Castaner soit prêt à accueillir les militants de Daech qui retournent en France, la plupart des pays européens préféreraient rejeter leurs résidus humains. Ils n’ont pas les ressources et l’expertise nécessaires pour s’occuper des militants de Daech voulant retourner chez eux. Heiko Maas, le ministre des Affaires étrangères allemand, a dit à propos du tweet de Trump que « ce n’est pas aussi facile qu’on le pense en Amérique ». Les autorités européennes devraient apprendre des gouvernements syriens et irakiens comment combattre Daech. Sinon, ils arriveront mal à prendre les moyens d’empêcher la prolifération de ce cancer.

Si vous êtes intéressé par cet article, il serait très généreux de votre part de contribuer au moins d’1 Euro. Merci d’avance.

Advertisements

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.