Les hauteurs du Golan sont offertes à Israël et pourtant, l’indignation est verbale, sans plus

Par Elijah J. Magnier: @ejmalrai

Traduction : Daniel G.

Le président des USA Donald Trump a déclaré qu’il est temps de reconnaître les hauteurs du Golan occupé comme faisant partie d’Israël. Le premier ministre Benjamin Netanyahu, qui essuie des attaques sur le plan intérieur où il est poursuivi pour corruption et pots-de-vin, est ravi de ce cadeau de Trump.  

Le moment est parfait pour Netanyahu, qui tente tant bien que mal d’obtenir une majorité aux prochaines élections. Ses rivaux politiques du Parti bleu et blanc sont perçus par le public comme une alternative relativement centriste à Netanyahu, bien que ses dirigeants, l’ancien chef de cabinet Benny Gantz et l’ex-ministre des Finances Yair Lapid, sont loin d’être des modérés.  

Comment le monde réagira-t-il? Tous s’opposeront-ils à l’action illégale de Trump? 

Interrogé au sujet du lien entre le moment de son annonce et les élections nationales israéliennes lors d’une entrevue à la chaîne Fox News, le président s’est contredit lui-même : « Cela ne m’a même pas traversé l’esprit (les élections israéliennes) » qu’il a dit, pour ensuite confirmer qu’il était mis au fait de ces mêmes élections : « On m’a dit qu’il s’en tire bien ».

Pendant des décennies, les présidents des USA sont intervenus dans les élections israéliennes, en soutenant un premier ministre contre ses rivaux politiques ou en coupant l’herbe sous le pied d’un premier ministre avec lequel ils étaient en désaccord, comme George Bush l’a fait en 1991 (à une seule reprise), en rejetant l’octroi d’un prêt  de 10 milliards de dollars au gouvernement du premier ministre israélien Yitzhak Shamir, qui a ensuite perdu ses élections au profit d’Yitzhak Rabin.

Sauf que Trump a fait 7 645affirmations fausses ou trompeuses depuis qu’il a pris le pouvoir. Une de plus ne l’empêchera pas de dormir. Ce qu’il faut retenir, c’est que l’administration américaine n’a rien à cirer de l’opinion du reste du monde si elle ne cadre pas avec ses politiques et ses objectifs. Les USA s’arrogent le droit de violer les lois parce qu’ils sont les plus forts et peuvent faire apparemment tout ce qu’ils veulent.

En effet, les USA ont occupé l’Irak en 2003 sans l’assentiment des Nations Unies. La Libye a été bombardée avant que l’ONU ne décide quoi que ce soit et les forces US sont déployées à l’est de la Syrie et à la frontière syro-irakienne en tant que force occupante sans mandat de l’ONU. 

Trump a également déplacé son ambassade à Jérusalem et a établi que la capitale palestinienne était une propriété israélienne, sans égard au rejet de sa décision et au ressentiment éprouvé dans le monde. Jérusalem a été la première Qibla des musulmans, la direction vers laquelle tous les musulmans du monde devaient se tourner pour prier avant que ce soit La Mecque. Les populations arabes fulminent contre cette décision, pendant que leurs dirigeants agissent contre leur volonté en étant de connivence avec Israël, avec qui ils établissent des relations chaleureuses. Trump ou Netanyahu n’ont donc pas de quoi s’inquiéter de la violation des résolutions 242, 238 et 497 de l’ONU, qui exigent qu’Israël se retire des hauteurs du Golan occupé, de Gaza et de la Cisjordanie. Pourquoi le duo formé de Trump et Netanyahu devrait-il s’en faire lorsque les Arabes sont divisés et que la Russie, la Chine et les pays européens qui protestent n’iront pas en guerre pour récupérer les hauteurs du Golan occupé? 

Le 17 octobre 1973, les Arabes se sont servis du pétrole comme arme pour contrer les objectifs des USA, lorsque l’OPEP a amorcé son embargo. Aujourd’hui, le pétrole est au service des USA qui protègent leurs clients que sont les dirigeants arabes et leurs monarchies. La seule opposition possible à la déclaration de Trump est la mobilisation populaire, une force de résistance principalement syrienne. Cependant, le gouvernement syrien n’est pas encore prêt à se lancer dans une nouvelle bataille contre Israël. La récupération des hauteurs du Golan occupé ne peut se faire que par la résistance locale et des attaques contre l’occupant, une opération audacieuse et coûteuse que le président Bachar al-Assad n’est peut-être pas en mesure d’entreprendre maintenant, d’autant plus que la guerre en Syrie n’est pas encore terminée. Le gouvernement syrien, qui doit commencer par panser les plaies localement pour réconcilier les Syriens et relever son économie et son infrastructure en décrépitude, ne peut se permettre de se lancer dans une nouvelle guerre contre Israël. D’autant plus que le nord-ouest d’Idlib (sous contrôle de la Turquie et des djihadistes) et le nord-est du pays (sous occupation des forces US) sont toujours sous occupation.

Il convient toutefois de souligner un point important : si Trump considère les fermes de Chebaa au Liban comme faisant partie de son cadeau à Netanyahu, la situation pourrait tourner parce que l’on dit que Hezbollah est résolu à poursuivre sa campagne militaire pour reprendre les fermes libanaises. À moins qu’Israël ne soit prêt à prendre le Golan et à se retirer des fermes de Chebaa, le Hezbollah pourrait déplacer ses opérations contre Israël au Golan, si le président Assad donne son accord.

Un autre point à considérer est la présence des forces russes qui patrouillent la ligne de démarcation avec le Golan pour empêcher toute attaque contre Israël. Il convient aussi de noter que pendant plus de 30 ans, les présidents Hafez et Bachar al-Assad n’ont jamais attaqué Israël sur le front du Golan. Ainsi, on ne peut exclure qu’Israël se fie à cette combinaison d’éléments pour imposer son autorité sur un territoire qu’il occupe depuis des décennies en s’attendant à peu de résistance pour contrer la nouvelle situation.

Il faut reconnaître qu’Israël a su tirer son épingle du jeu en Syrie depuis le début de la guerre il y a huit ans. Tout en soutenant ouvertement et tacitement al-Qaeda, Daech et d’autres groupes armés takfiris en Syrie, il n’en a pas vraiment payé le prix dans l’opinion publique occidentale, puisque les gouvernements occidentaux ont fait de même. Israël a adopté une politique politico-militaire pour tirer avantage de la situation et a réussi sur toute la ligne, y compris en bombardant la Syrie et en détruisant des objectifs militaires de l’armée syrienne et de l’Iran. Le moment de ces attaques a été choisi avec soin, en donnant l’impression que ses armes peuvent frapper partout. Il s’est gardé aussi de provoquer le Hezbollah au Liban pour éviter toute riposte (en huit ans de guerre, seulement quelques échanges dans le secteur ont été signalés). 

Netanyahu est parvenu à se mettre l’administration américaine de son côté, à un point tel que le président des USA appuie ouvertement le premier ministre israélien, en lui ayant déjà donné en prime les hauteurs du Golan même si Netanyahu ne doit se rendre à Washington que la semaine prochaine. Trump a sauvé Netanyahu d’une menace grave à son avenir politique sur le plan intérieur, et Trump s’attend à des faveurs semblables de la part d’Israël au moment des élections aux USA. Les pays arabes observent tout cela sans pouvoir rien faire. Ils obéissent au diktat de en se rapprochant d’Israël et en établissant ouvertement des relations avec lui, tout en retardant la reprise des relations diplomatiques avec Damas. Le cadeau de Jérusalem a causé un choc qui a fait ressortir toute l’impuissance des dirigeants arabes.

En fait, il ne faut s’attendre à rien d’autre qu’à des expressions d’indignation de la part des Nations Unies et de l’Europe. Aucune mesure sérieuse de la part des Arabes n’est prévue non plus, en particulier des alliés des USA qui ont établi des liens visibles ou cachés avec Israël. Mis à part quelques drapeaux brûlés, aucune action concrète n’est à prévoir.

Malgré tous ses mensonges, Trump pourrait être le président des USA le plus honnête à avoir dirigé le pays depuis des décennies, car tous ses prédécesseurs ont caché leurs véritables intentions, en orchestrant les relations israélo-arabes en cachette, en préparant des mesures à l’encontre du droit de retour des Palestiniens et de leur gouvernance, et en approuvant le contrôle israélien des territoires occupés.Maintenant que le masque est tombé et que les USA favorisent ouvertement l’apartheid israélien sans contrition, en soutenant sans ambiguïté le radicalisme, l’arrogance, les violations du droit international et la souveraineté des pays voisins, il ne faut s’attendre à rien de la part des pays arabes. 

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