Attaques à prévoir contre les alliés des USA au Moyen-Orient, mais pas contre les USA directement

Par Elijah J. Magnier: @ejmalrai

Traduction : Daniel G.

Une nouvelle école en matière d’affrontement est en train de s’imposer au Moyen-Orient, une région qui est en train de devenir une plateforme pour les guerres régionales et internationales. Après l’invasion de l’Afghanistan en 2001, l’occupation de l’Irak en 2003, la guerre de 2006 au Liban et le changement de régime (raté) en Syrie, c’est maintenant au tour de l’Iran d’être sous les feux de la rampe. Sauf que le style d’affrontement préconisé par l’Iran s’inspire des Occidentaux : frapper les partenaires sans laisser de traces

La menace d’attaques directes contre les forces US a été citée comme justification d’un déploiement possible de 120 000 militaires américains dans la région, comme l’a rapporté le New York Times. Citant des responsables de l’administration, le Times a affirmé ne pas savoir si le président Donald Trump a été mis au fait du plan, y compris du nombre de troupes qui seraient déployées. Le Times a indiqué que la réunion a eu lieu quelques jours après que l’administration Trump a dit avoir obtenu des « renseignements de sécurité précis et crédibles »  la semaine dernière, selon lesquels les forces iraniennes et leurs mandataires avaient pris pour cibles les forces US en Syrie, en Irak et en mer. Trump a démenti le reportage mardi, en le qualifiant de « fausse nouvelle ». « Est-ce que je le ferais? Absolument. Mais nous ne l’avons pas planifié », a-t-il déclaré aux journalistes à la Maison-Blanche. « J’espère que nous n’aurons pas à élaborer de plan en ce sens, mais si nous devions le faire, nous enverrions beaucoup plus d’hommes que ça. » 

L’Iran n’est pas l’Irak, le Liban, la Syrie ou l’Afghanistan. Depuis 40 ans, la « République islamique » est entourée d’ennemis, subit de lourdes sanctions et a été forcée de se refaire et de lutter contre ces sanctions efficacement. Il a soutenu ses partenaires qui ont montré de quoi ils sont capables au Yémen, au Liban, en Syrie et en Irak. L’Iran n’a jamais été impliqué dans un conflit directement depuis que la guerre Iran-Irak a pris fin par un cessez-le-feu en 1988, mais est parvenu à livrer une guerre étendue et importante en comptant principalement sur ses partenaires (en Syrie), tout en maintenant une présence limitée de ses forces sur le terrain. 

Aujourd’hui, l’Iran est confronté à une menace directe. En dépit de la menace sérieuse provenant des USA, l’Iran poursuit son combat indirectement, en faisant jouer ses muscles sans toutefois faire face à ses ennemis directement. Le Moyen-Orient est témoin d’un nouveau style de bataille : au lieu de s’en prendre aux forces US, ce sont leurs alliés qui essuient les coups. La réponse des partenaires des USA est encore incertaine.

Dimanche dernier, une forte explosion a touché sept pétroliers géants à 4 heures, heure locale, dans le port émirati d’al-Fujairah, le deuxième plus grand centre de soutage au monde. Les navires ont subi un acte de sabotage dans des eaux territoriales tombant sous le coup de l’Article 33.1 de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, plutôt que dans les eaux internationales assujetties aux articles 34, 35 et 38, juste au moment de « l’imsak » (l’heure à laquelle ceux qui observent la période de jeûne du ramadan cessent de manger). Les autorités locales se sont non seulement abstenues d’annoncer la nouvelle, mais l’ont niée pendant les 12 premières heures. La reconnaissance des dommages subis par quatre navires au lieu de sept provenait du ministère des Affaires étrangères des Émirats plutôt que du ministère de l’Intérieur, ce qui laisse entendre des consultations avec d’autres pays concernant la nécessité de publier l’information. 

Ce mardi, l’armée yéménite effectuant des opérations avec les Houthis a lancé une attaque au moyen de drones contre des installations pétrolières saoudiennes. « Sept drones de type UAV-X ont bombardé des cibles saoudiennes à 1 400 km à l’intérieur du territoire saoudien ». Le ministre saoudien de l’Énergie Khalid al-Falih a reconnu l’attaque, à plus de 320 km à l’ouest de la capitale Riyad, qui a touché « deux stations de pompage de l’oléoduc Est-Ouest. Cet oléoduc, qui transporte du pétrole brut des champs pétrolifères de l’est du Royaume vers le port de Yanbu, situé au nord du Bab al-Mandeb, a été touché par des drones munis d’explosifs. » Le cours du Brent sur le marché à terme a augmenté de 1,38 %, pour s’échanger à 71,20 $.

L’Arabie saoudite et les Émirats, qui sont tous les deux des alliés des USA qui paient une grosse « rançon » au président Donald Trump pour qu’il assure leur protection, subissent ainsi des attaques sur des cibles principalement liées au pétrole, ce qui risque d’augmenter le prix du brut dans le monde entier. Ces alliés sortent de leur zone de confort habituelle en publiant de l’information (qui serait normalement supprimée) relative aux deux attaques précitées. Il y a deux explications possibles à pareille divulgation. 

Il se peut que ces alliés des USA en aient assez de se faire abuser par Trump et qu’ils envoient le message que les 100 000 militaires supplémentaires que les USA songeraient à baser dans le Golfe pour les protéger des attaques possibles deviendront un fardeau financier pour l’Arabie saoudite et les Émirats. Ces pays ne reçoivent pas non plus de la part des USA le « service » qui leur coûte si cher. Trump s’est vanté à plusieurs reprises de son extorsion, mais tout chef de la mafia qui n’arrive pas à protéger les victimes de son racket perd rapidement son prestige.

Il se peut aussi que les deux pays rendent publique cette information pour pousser en faveur d’une guerre contre l’Iran, le suspect numéro un et le principal bénéficiaire de ces attaques. Les Gardiens de la révolution iranienne ont menacé le mois dernier de fermer le détroit d’Hormuz (où passent le cinquième de la consommation pétrolière mondiale), si Téhéran ne pouvait plus y circuler et se voyait interdire d’exporter ses deux millions de barils de pétrole quotidiens. 

Ces attaques sont clandestines et leurs auteurs non identifiables. Les alliés et les partenaires de l’Iran sont prêts à se tenir aux côtés de Téhéran, parce que leur idéologie et leur existence sont en jeu. Mais ce genre de réactions aux menaces américaines ne viseront pas les USA directement, afin de priver Trump de tout prétexte pour attaquer l’Iran. Ces réactions toucheront toutefois les alliés des USA et affecteront les cours du pétrole. Elles ne s’en tiendront pas nécessairement à l’Arabie saoudite et aux Émirats et pourraient surgir dans d’autres capitales du Moyen-Orient dans les jours qui viennent.

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