Le chef suprême de la Révolution iranienne recommande un plan en quatre étapes en réponse à l’agression des USA

Par Elijah J. Magnier: @ejmalrai

Traduction : Daniel G.

Lors d’une réunion privée avec les dirigeants iraniens, le chef suprême de la Révolution iranienne Sayyed Ali Khamenei a recommandé de suivre un plan en quatre étapes en réponse aux sanctions et aux menaces des USA. 

La première étape proposée par Sayyed Ali Khamenei est que l’Iran exploite davantage ses ressources et réduise ses importations au minimum dans les prochaines années. Les importations de l’Iran varient de 40 à 65 milliards de dollars par an (en 2010, les importations iraniennes ont atteint 65,4 milliards de dollars; en 2017, elles s’élevaient à 51,6 milliards de dollars). Ces importations concernent principalement de la machinerie, des ordinateurs et de l’équipement téléphonique, des produits pharmaceutiques et des instruments médicaux, de la machinerie électrique, du blé, des céréales, du maïs, du riz et du soja, des véhicules de transport, du fer et de l’acier laminé à plat, et des produits chimiques organiques. Les Émirats arabes unis et la Chine sont les principaux partenaires commerciaux de l’Iran, qui comptent aussi la Corée du Sud, la Turquie et l’Allemagne. Les exportations de l’UE à l’Iran se chiffrent autour de 10 milliards de dollars par an. 

La deuxième recommandation est que l’Iran se comporte comme s’il ne pouvait compter sur des amis loyaux qu’il connaît depuis longtemps. Le chef suprême de la Révolution a indiqué que les relations entre les pays devraient reposer sur l’intérêt mutuel plutôt que sur des considérations stratégiques. L’Iran devrait compter sur ses propres capacités à défendre son existence et sa pérennité, sans pour autant s’isoler. Certains pays pourraient être solidaires de l’Iran en raison d’avantages et d’intérêts communs, mais ces alliances devraient être envisagées comme étant liées aux circonstances et à la situation plutôt qu’être tenues pour acquises.  

La troisième recommandation serait d’alléger la pression intérieure sur tous les partis politiques, ce qui comprend les réformateurs (Mehdi karroubi, Mir Hossein Mousavi, Zahra Rahnavard ). Les dirigeants iraniens accordent une importance capitale à l’unité nationale en cette période de crise qui pourrait durer encore cinq ans si Donald Trump est réélu. En outre, l’Iran a adopté une position commune en réponse aux sanctions des USA, des modérés comme le président Hassan Rouhani et son ministre des Affaires étrangères Jawad Zarif ayant adopté des positions fermes similaires à celles du Corps des gardiens de la Révolution iranienne. 

La quatrième recommandation du grand ayatollah Ali Khamenei est qu’à l’avenir, l’Iran soit moins tributaire des revenus tirés de l’exportation du pétrole. Les livraisons de pétrole brut de l’Iran s’élèvent à 21-27 milliards de dollars, soit 4,3 % de la part du marché mondial. Le chef suprême iranien a proposé d’accroître le nombre de produits nationaux que l’Iran pourrait exporter, principalement, mais pas exclusivement, vers les pays voisins. Cette mesure vise à atténuer l’effet des sanctions des USA sur les exportations énergétiques iraniennes en place, non seulement depuis l’arrivée de l’administration Trump, mais sous toutes les administrations qui l’ont précédée suivant l’avènement de la « Révolution islamique » (1979). 

Les dirigeants iraniens croient que les USA cherchent moins à affaiblir l’Iran que se servir des capacités militaires croissantes de Téhéran comme argument de vente pour obtenir plus de contrats de vente d’armes de leurs alliés du Moyen-Orient qui se voient comme les ennemis de l’Iran. 

Ils croient également que les USA n’aimeraient pas tellement que l’Iran fasse de la Chine et de la Russie ses deux principaux partenaires stratégiques sur le plan commercial et militaire. Les USA préféreraient un accord global leur permettant d’avoir leur part du marché iranien et d’échanges bilatéraux. 

Il ne fait aucun doute (c’est d’ailleurs l’avis des dirigeants iraniens) que Téhéran pourrait finir par accepter l’invitation des USA à s’asseoir à la table de négociations pour discuter de la présence de l’Iran en Syrie et de son influence dans d’autres pays du Moyen-Orient (Afghanistan, Irak, Liban et Yémen). Mais rien ne pourra se faire tant que Trump n’aura pas levé ses sanctions et reconnu l’accord sur le nucléaire. 

Cependant, l’Iran sait très bien que Trump ne peut revenir sur sa décision pour des raisons électorales. Le président des USA a grimpé sur un arbre et ne sait pas comment redescendre. L’Iran peut aider Trump s’il est prêt à fermer les yeux sur les deux millions de barils de pétrole vendus quotidiennement par l’Iran, comme il le fait déjà pour la vente de plus de 30 millions de pieds cubes de gaz iranien à l’Irak. Les dirigeants iraniens suivent le précepte de Deng Xiaoping : « Peu importe qu’un chat soit noir ou blanc, tant qu’il attrape des souris ». Si Trump est plus intransigeant, l’Iran ne l’aidera pas à remporter un second mandat en 2020, bien au contraire. Il va plutôt contribuer à son échec.

En dépit de la volonté de l’Iran à négocier et à réduire le niveau actuel de tension, certaines lignes demeurent infranchissables : sa volonté à continuer de développer les capacités de ses missiles et son obligation de soutenir ses partenaires au Liban, en Syrie, en Irak, au Yémen et en Afghanistan.

Le 7 juillet qui vient, l’avertissement de 60 jours prendra fin et l’Iran se prépare déjà à se retirer graduellement de l’accord sur le nucléaire. L’Europe semble jusqu’à maintenant peu disposée à s’interposer contre l’hégémonie et les sanctions des USA. Il serait étonnant que les dirigeants du vieux continent choisissent de se mettre à dos les USA pour 10 milliards de dollars d’échanges commerciaux avec l’Iran. Mais la question en cause n’est pas uniquement financière : ce serait la première fois que les pays européens qui, contrairement aux USA, professent leur adhésion aux normes du droit et de la justice, discréditeraient un accord qu’ils ont eux-mêmes négocié et révoqueraient des ententes internationales signées par leurs propres dirigeants. Ils n’ont pas encore mis en œuvre INSTEX, le mécanisme monétaire européen qui faciliterait les échanges commerciaux entre l’Europe et l’Iran en réponse aux sanctions des USA. L’Iran a d’ailleurs exprimé son mécontentement à l’égard de ce manque de volonté de l’Europe.

Yukiya Amano, qui est à la tête de l’Agence internationale de l’énergie atomique, a déclaré que l’Iran a accru ses niveaux d’enrichissement de l’uranium, ce qu’a confirmé ce dernier. Les sanctions des USA amènent l’Iran à multiplier les centrifugeuses (en l’absence de droits d’exportation) qu’il perfectionne (de IR1 à IR6), en menaçant même de créer des « chaînes d’IR8 ». Les USA affirment ne pas être concernés par l’accord sur le nucléaire après l’avoir abandonné au grand déplaisir des pays signataires, créant ainsi une source de tension militaire au Moyen-Orient, ce qui n’a pas empêché l’ambassadrice des USA à Vienne Jackie Wolcott d’accuser l’Iran de « violer l’accord, ce qui nous préoccupe tous grandement. »  

Tout indique que l’été sera chaud au Moyen-Orient, bien qu’une guerre soit peu probable. Le bras de fer entre les USA et l’Iran sera en tête de liste des deux pays, qui ont ni l’un ni l’autre l’intention de jeter du lest pour apaiser les tensions. Le 7 juillet approche et d’autres surprises sont à prévoir. L’initiative est du côté de l’Iran et Trump et ses néocons n’ont d’autre choix que d’attendre la prochaine étape.

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