Comment Israël voit l’explosion de Beyrouth et l’implication du Hezbollah

Par Elijah J. Magnier: @ejmalrai

Traduction : Daniel G.

« Le Hezbollah contrôle le port de Beyrouth et est au courant de tout ce qui s’y passe. Il se sert de son influence pour faire passer ses cargaisons en contrebande et préfère garder ces cargaisons au port pour empêcher Israël de les bombarder. »

« Le Hezbollah contrôle le Liban et a forcé le choix du général Michel Aoun comme président et de Hassan Diab comme premier ministre. De plus, par son influence au parlement et au cabinet, il impose la protection de son arsenal et sa présence en tant que puissante organisation armée. »

« Israël usera de son influence pour empêcher tout soutien financier de parvenir au Liban tant qu’il ne se fera pas à l’idée de désarmer et dissoudre le Hezbollah et d’empêcher sa participation au prochain gouvernement libanais. »

« La communauté internationale devrait empêcher l’Iran d’aider le Liban à reconstruire ses infrastructures ou d’offrir un soutien financier au pays; elle devrait garder un contrôle étroit sur tous les flux de trésorerie qui parviennent au gouvernement. »

« La communauté internationale devrait empêcher l’Iran de profiter de la faiblesse du Liban et faire cesser l’aide qu’il accorde aux Libanais. »

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C’est en ces termes que les médias, les analystes militaires et les commandants israéliens ont réagi à l’explosion du port de Beyrouth le 4 août dernier. La déflagration était due à la négligence  et au manque de considération à l’égard de la sécurité publique en ayant laissé 2 755 tonnes de nitrate d’ammonium (une marchandise dangereuse) croupir dans le port depuis 2013 pendant que les fonctionnaires locaux et les juges se renvoyaient la balle quant à la responsabilité de ce produit jusqu’à ce qu’il explose. Le nitrate d’ammonium (NH4NO3) est largement utilisé comme engrais, mais il entre également dans la composition de nombreux types d’explosifs miniers lorsqu’il est mélangé à du fioul ou qu’une charge explosive entraîne sa détonation. Le nitrate d’ammonium ne brûle pas tout seul, mais agit comme une source d’oxygène pour accélérer la combustion d’autres matériaux. C’est la libération rapide de gaz qui provoque une explosion si un feu intense s’allume à proximité. C’est effectivement ce qui s’est passé au port de Beyrouth, lorsque plusieurs tonnes de matériaux combustibles se sont enflammées une heure avant qu’on s’en rende compte et que les pompiers tentent de maîtriser l’incendie.

Le ministre israélien des Affaires étrangères, GhabiAshenazi, a déclaré  ceci : « Le Hezbollah opère en milieu urbain peuplé et utilise des citoyens libanais comme boucliers humains, comme nous l’avons vu lors du malheureux événement survenu la semaine dernière. C’est le Hezbollah qui est responsable de l’explosion du port. »

Le premier ministre israélien n’a pas manqué d’en rajouter : « Afin d’éviter des catastrophes comme celle du port de Beyrouth, nous devons confisquer les explosifs et les missiles que le Hezbollah cache dans les zones peuplées par des civils au Liban. »

La plupart des responsables et analystes israéliens ont conclu que le Hezbollah est beaucoup plus faible aujourd’hui, ce qui fait qu’il devrait être exclu du prochain gouvernement. Pour eux, la démission du premier ministre (dorénavant par intérim) Hassan Diab constitue une étape positive pour Israël, puisqu’il dirigeait un « cabinet du Hezbollah ».

Les responsables israéliens ont appelé « à la formation rapide d’un nouveau gouvernement excluant le Hezbollah pour que Diab ne reste pas longtemps à la tête du pays ». Il semble que l’opinion générale parmi les experts en Israël soit que le pouvoir politique au Liban changera assurément dans le sens des objectifs d’Israël au Liban et au Moyen-Orient.

L’évaluation israélienne, qui révèle une connaissance limitée de la dynamique interne au Liban, devrait toutefois soulever de sérieux doutes. Les médias et les analystes israéliens reprennent en bonne partie ce qui se dit dans les médias des pays arabes et du Golfe hostiles au Hezbollah, qui se bercent d’illusions dans leur propagande contre le Hezbollah.

Ce qui est révélateur, c’est que les propres rapports des services du renseignement israéliens sapent les conclusions générales de ces analystes, en affirmant sans équivoque qu’il n’y a « rien qui indique que la position du Hezbollah s’est affaiblie. Toutes les tentatives précédentes n’ont pas réussi jusqu’ici à isoler le Hezbollah et à saper son pouvoir ».Les analystes des médias israéliens, tout comme bien des dirigeants et écrivains libanais et arabes, n’ont pas réussi à expliquer réellement comment un pays faible comme le Liban peut désarmer le Hezbollah, 

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