Gaza porte un coup dur au prestige d’Israël

Par Elijah J. Magnier

Traduction : Daniel G.

Avec ses différentes factions, Gaza a collectivement rallumé la flamme de la conscience collective de l’ensemble de la Palestine et a atteint son objectif de compromettre le prestige d’Israël, malgré l’affirmation du premier ministre Benjamin Netanyahou voulant qu’Israël soit devenu « une superpuissance, pas seulement une puissance régionale ». Cette nouvelle prise de conscience palestinienne s’est éveillée à la suite de l’escalade israélienne et de la campagne d’agression contre le quartier de Sheikh Jarrah (lire plus bas l’histoire complète de ce quartier), où résident au moins 38 familles palestiniennes menacées d’expulsion de leurs foyers. Israël a également attaqué sauvagement les manifestants de la mosquée Al-Aqsa.

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Le destin du quartier de Sheikh Jarrah est devenu un enjeu international qui suscite une prise de conscience mondiale et une solidarité avec les Palestiniens opprimés. La cause palestinienne était absente de la scène internationale depuis la normalisation des relations entre des pays arabes et islamiques et Israël et après que Donald Trump a offert tout Jérusalem à Israël.

Cependant, la bataille à Gaza ne devrait pas s’arrêter de sitôt, car Israël tente de reprendre le pouvoir de dissuasion qu’il a perdu en raison des missiles palestiniens qui atteignent leurs cibles depuis Gaza. Mais ce qui est inhabituel, c’est le soulèvement des Arabes de 1948. Après 72 ans de coexistence, dans la ville de Lod en particulier et dans d’autres villes mixtes israélo-arabes, ce soulèvement prouve que la nouvelle génération veut récupérer son territoire occupé et qu’elle rejette les accords infructueux d’Oslo et de Camp David.

L’évolution tumultueuse n’est pas ressentie exclusivement sur le terrain. Les roquettes de Gaza brûlent aussi le sol sous les pieds du président palestinien Mahmoud Abbas (Abou Mazen). Celui-ci a retardé les élections législatives et présidentielles qui conduiraient inévitablement à la perte de la présidence à laquelle il s’accroche depuis 2005. Israël estime bien sûr que l’actuel président palestinien est son meilleur partenaire, puisqu’il rejette la résistance armée. De plus, Abbas maintient une coopération sécuritaire avec Israël et empêche toute possibilité pour les Palestiniens vivant en Cisjordanie de rejoindre Gaza pour contrer l’agression et l’expansion israéliennes. 

Il est hautement plausible qu’Israël ait également agi dans son propre intérêt en perturbant les élections présidentielles palestiniennes qui ont coïncidé avec l’expulsion illégale des familles de Sheikh Jarrah, afin d’empêcher les Palestiniens de Jérusalem de participer aux élections. Le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou sait très bien que s’attaquer à al-Aqsa et aux habitants de Jérusalem revient à allumer la mèche d’un baril de poudre. La première et la deuxième Intifada ont été la meilleure preuve de ces possibilités explosives.

Le Hamas, le Djihad islamique et toutes les autres factions de la bande de Gaza ont réussi à faire l’unité avec Jérusalem en la défendant. Le Hamas n’a commencé à bombarder les colonies israéliennes qu’après avoir donné à Israël de nombreuses heures pour cesser de s’en prendre à la population civile de Jérusalem. Mais Tel-Aviv a campé sur ses positions et a entraîné tout le monde dans la bataille pour que Benjamin Netanyahou atteigne son objectif de reporter les élections israéliennes pour sauver son avenir politique. Les groupes palestiniens de Gaza ont fait pleuvoir sur Jérusalem, Tel-Aviv, Ashkelon et Ashdod des centaines de roquettes, dont certaines sont même tombées non loin de Haïfa. Les responsables israéliens n’ont pas su anticiper l’intensité de la riposte palestinienne par coups de roquettes en réponse à leur abus de pouvoir et au bombardement de Gaza. Les différents groupes de la résistance ont prouvé leur crédibilité par leur « timing » et leur intimidation. Ils ont énormément gagné en popularité auprès des populations palestiniennes et arabes qui soutiennent leur cause et qui s’opposent à la normalisation avec Israël.

L’un des objectifs les plus importants que les Palestiniens ont atteints à Gaza, c’est de démontrer l’incapacité du Dôme de fer à intercepter toutes les roquettes bon marché de fabrication locale lancées dans les zones israéliennes. Gaza a surchargé les systèmes d’interception perfectionnés israéliens en lançant plus de 100 roquettes simultanément. Israël a admis qu’il ne pouvait pas arrêter les tirs de roquettes, même si l’armée israélienne a bombardé des dizaines de rampes de lancement. Pour nuire à la population, Israël a bombardé plusieurs tours civiles (al-Hanadi, al-Jawhara et al-Shorooq) dans des zones commerciales et résidentielles prestigieuses dans l’espoir que les habitants se retournent contre les groupes palestiniens qui affrontent Israël.

Jusqu’à maintenant, au moins 69 Palestiniens ont perdu la vie dans cet échange de tirs, ainsi que 6 Israéliens, dont un officier militaire. Les groupes palestiniens ont pu lancer plus de 1 300 roquettes. Des scènes embarrassantes sont apparues, montrant des députés de la Knesset israélienne et le ministre de la Défense fuyant vers des abris anti-bombes.

Israël a non seulement perdu sa capacité de dissuasion, mais aussi son prestige. Dans les années 1940, un groupe terroriste juif a attaqué les forces britanniques et fait exploser l’hôtel King David en 1946, tuant 91 personnes. Le groupe Irgoun a revendiqué la responsabilité de l’attaque, qui a tué des fonctionnaires de l’Empire britannique, qui assurait la gouvernance de la Palestine à l’époque. David Ben-Gourion, le fondateur du soi-disant État d’Israël, s’est fait demander à l’époque : « Les gangs de la Haganah vont-ils vaincre la Grande-Bretagne avec ce bombardement? » Il a répondu : « L’objectif est de briser le prestige de l’Empire britannique ». Gaza vient de briser le prestige du mythe israélien.

L’histoire du quartier de Sheikh Jarrah :

Au lendemain de l’expulsion des Palestiniens en 1948, connue sous le nom de « Naqba », environ 750 000 Palestiniens ont été contraints de fuir leurs foyers vers les pays voisins. À la suite de ces événements, 28 familles (aujourd’hui elles sont 38) se sont installées dans le quartier de Sheikh Jarrah à Jérusalem-Est en 1956. Elles ont alors conclu un accord avec le ministère de la Construction et du Développement de la Jordanie et l’UNRWA, l’agence des Nations unies pour les réfugiés, pour leur fournir des logements dans le quartier de Sheikh Jarrah. À cette époque, la Cisjordanie était sous domination jordanienne (1951-1967).

Le gouvernement jordanien fournissait le terrain, tandis que l’UNRWA payait le coût de la construction de 28 maisons pour ces familles. Il a été convenu que les résidents paieraient une redevance symbolique, à condition que la propriété leur soit transférée plus de trois ans après l’achèvement de la construction.

Ce processus a toutefois été interrompu en 1967 à la suite de l’occupation israélienne de la Cisjordanie, dont Jérusalem, qui a empêché l’enregistrement des maisons au nom des familles.

Ce mois-ci, le ministère des Affaires étrangères de la Jordanie a déclaré avoir fourni au ministère des Affaires étrangères de la Palestine 14 accords ratifiés destinés aux habitants du quartier de Sheikh Jarrah à Jérusalem-Est, qui appuient leur revendication de leurs terres et propriétés.

Dans une déclaration, le ministère a indiqué avoir remis aux résidents un certificat prouvant que le ministère de la Construction et du Développement de la Jordanie avait convenu avec l’UNRWA de créer 28 unités de logement à Sheikh Jarrah, qui devaient être remises et enregistrées au nom de ces familles. Le processus a toutefois été interrompu à la suite de l’occupation israélienne de la Cisjordanie en 1967. Le ministère avait auparavant fourni à la partie palestinienne tous les documents susceptibles d’aider les habitants de Jérusalem à conserver leurs pleins droits, notamment les contrats de location, les listes de noms des bénéficiaires et une copie de l’accord conclu avec l’UNRWA en 1954.

En 1972, le Comité sépharade et le Comité de la Knesset d’Israël ont affirmé qu’ils étaient propriétaires du terrain sur lequel les maisons avaient été construites en 1885, en demandant au tribunal d’expulser quatre familles de leurs maisons dans le quartier, qu’ils accusaient d’avoir accaparé leurs terres.

En 1982, les associations de colons israéliens ont engagé une procédure d’expulsion contre 24 familles du quartier de Sheikh Jarrah, dont 17 familles ont confié leur défense à l’avocate israélienne Tosia Cohen. En 1991, l’avocate a signé un accord, à l’insu des familles, selon lequel la propriété des terres appartenait aux associations de colons. L’avocate a menacé les familles palestiniennes d’expulsion si elles ne payaient pas le loyer aux associations de colons.

En 1997, Suleiman Darwish Hijazi, un résident, a intenté une action en justice auprès de la Cour centrale israélienne pour prouver sa propriété foncière, en utilisant des titres de propriété délivrés par l’Empire ottoman, apportés de Turquie. Cette démarche s’est toutefois retournée contre lui lorsque le tribunal a rejeté la demande en 2005.

Le tribunal a déclaré que les documents ne prouvaient pas sa propriété foncière, et l’appel de Hijazi l’année suivante a été rejeté. En novembre 2008, la famille al-Kurd a été expulsée de son logement, suivie par l’expulsion des familles Hanoun et al-Ghawi en août 2009.

À ce jour, 12 familles palestiniennes du quartier ont reçu des ordres d’expulsion émis par les tribunaux centraux et de district des instances israéliennes. Quatre familles palestiniennes ont déposé une requête auprès de la Cour suprême, la plus haute instance judiciaire d’Israël, contre la décision de les expulser de leur logement. Le tribunal central israélien de Jérusalem-Est a approuvé une décision prise au début de l’année d’expulser quatre familles palestiniennes de leurs maisons dans le quartier de Sheikh Jarrah au profit de colons israéliens de droite.

En 1948, la famille d’al-Sabbagh a fui sa maison de Jaffa, où demeurent aujourd’hui des Israéliens. Al-Sabbagh, dont la famille compte 32 personnes, dont dix enfants, craint que le verdict du tribunal ne fasse de lui et de sa famille de nouveaux réfugiés.

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