Le mot de la fin en Palestine sera pour ceux qui tiendront le plus longtemps

Par Elijah J. Magnier 

Traduction : Daniel G.

Les affrontements extraordinaires entre les Palestiniens et Israël font ressortir des paradoxes qui ne sont pas à veille de se régler. L’approche israélienne à l’égard de ce qui se passe semble formaliste et trompeuse. Le chef d’État-major israélien Aviv Kochavi a déclaré que « Le Hamas n’a pas correctement évalué la sévérité de notre réponse, car la bande de Gaza subit une attaque d’une énorme intensité jamais observée jusqu’à ce jour. » Tel-Aviv a révélé avoir bombardé plus de 1 500 cibles et détruit des dizaines de bâtiments dans la ville de Gaza assiégée. Cependant, Israël ne s’est jamais rendu compte que les groupes de la résistance palestinienne avaient introduit de nouveaux missiles à longue portée et augmenté considérablement leur puissance de feu, en tenant un rythme de plus de 150 roquettes tirées quotidiennement et simultanément. Les frappes palestiniennes ont atteint plus de cent bâtiments en Israël, et Gaza a introduit une nouvelle équation en bombardant dès le premier jour Jérusalem et Tel-Aviv. Il s’agit d’un changement fondamental des règles d’engagement jusque-là, qui consistaient à bombarder par étapes graduelles en évitant de frapper Tel-Aviv, que l’Axe de la Résistance était habitué d’observer. Pour la première fois, de nouveaux missiles ont été lancés, portant le nom de « Al-Qasim » (du nom du commandant iranien Qassem Soleimani, responsable de l’approvisionnement en armes des Palestiniens), munis d’une ogive de 400 kg, et de « Ayyash » (du nom de Yahya Ayyash) d’une portée de 250 kilomètres.

Khaled Meshaal, qui représente le « Hamas » à l’étranger, n’a pas hésité à dire que « la résistance a bénéficié de l’Iran, de ses missiles et de son expertise, tandis que les organisations de Gaza ont bénéficié de la contrebande d’armes et de la technologie militaire. »

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L’opération israélienne « Gardien des murs » a échoué dans sa tentative d’introduire une nouvelle équation de dissuasion, au profit « l’épée de Jérusalem » des Palestiniens. Comme dans chaque guerre, Israël a réussi à détruire des installations, des terres agricoles, des bâtiments civils, des banques, des voies publiques et des immeubles abritant les médias locaux et étrangers. Cela indique que la résistance palestinienne a réussi à réduire la banque d’objectifs d’Israël qui comportaient peu de cibles de sécurité, comme c’était le cas dans les guerres antérieures. L’incapacité d’Israël à détecter l’emplacement des lance-roquettes et les allées et venues des chefs militaires expliquent le fait que les institutions civiles sont les cibles privilégiées des Israéliens.

Israël n’a fondamentalement rien changé à sa politique destructrice adoptée au cours des dernières décennies contre Gaza ou le Liban, dont les objectifs privilégiés sont de cibler les infrastructures et les zones résidentielles dans l’espoir que la population se retourne contre la résistance locale. Gaza a introduit un nouvel élément en augmentant l’intensité de sa puissance de feu contre différentes villes israéliennes qui n’avaient jamais été visées auparavant, allant du cœur de Tel-Aviv jusqu’à la ville méridionale d’Eilat. Après chaque bataille entre Israël et l’Axe de la Résistance, chaque partie examine ses performances afin d’en tirer les leçons appropriées pour s’améliorer et combler les lacunes en vue de la prochaine bataille. Il est encore trop tôt pour conclure si c’est l’intensité des tirs de roquettes ou la qualité des missiles lancés qui sera décisive.

Comme à chaque guerre, les responsables israéliens jurent qu’ils ramèneront Gaza « à l’âge de pierre », en faisant valoir la puissance de son artillerie et, surtout, sa puissance aérienne fournie par l’industrie militaire américaine. Il ne fait aucun doute que la puissance militaire d’Israël est sans rivale au Moyen-Orient. Cependant, hormis l’introduction de nouveaux avions F-35 dans la bataille, Israël a tout simplement continué d’infliger d’importantes pertes humaines et matérielles, comme il l’a toujours fait dans chaque guerre. Puisque Israël n’a aucun compte à rendre à l’échelle mondiale et qu’il fait fi de toutes les lois internationales, le soutien illimité que lui accordent les USA encourage le premier ministre Benyamin Netanyahou à violer les règles de la guerre, en prenant pour cible des enfants (60 tués à ce jour), des femmes (39 tuées) et de nombreux autres civils. N’empêche qu’Israël n’a pas réussi à atteindre son objectif de limiter les tirs de roquettes et de missiles.

En outre, les groupes de la résistance bénéficient de la solidarité des Palestiniens vivant à Gaza, à la surprise des planificateurs israéliens. Les Palestiniens vivent dans la ville assiégée de Gaza en disposant de moyens limités et en n’étant pas en mesure de combler de nombreux besoins fondamentaux depuis des années. Ces Palestiniens ont développé une résilience à l’image de ce dicton local : « Quand on se noie, on n’a pas envie que le courant soit plus fort ».

Israël affirme avoir intercepté 90 % des 3 000 roquettes et missiles provenant de Gaza lancés contre différentes villes israéliennes. Cela signifie qu’au moins quelques centaines de missiles ont réussi à échapper au réseau de missiles intercepteurs israéliens. Ces roquettes forcent des milliers d’Israéliens à se réfugier dans leurs abris en empêchant la vie quotidienne de suivre son cours, contrairement à ce qui s’est passé lors des précédentes guerres contre Gaza.

La résistance palestinienne a réussi à lancer environ 150 roquettes par jour, qui ont atteint les environs de Haïfa au nord, l’aéroport Ramon au sud et différentes colonies autour de Gaza comme Ashkelon, Ashdod, Beersheba (Negev), Gush Dan (Tel-Aviv) et Jérusalem. Les services de renseignement israéliens n’ont pas su prévoir la capacité des Palestiniens à frapper simultanément différentes villes israéliennes. Autre fait significatif, c’est le soulèvement des Arabes de 1948 qui possèdent la nationalité israélienne. Pendant le bombardement de Gaza, ils ont affirmé l’unité de la résistance dans la ville assiégée. Il semble que l’ère de l’Organisation de libération de la Palestine qui a signé les accords d’Oslo soit révolue et que la génération suivante veuille récupérer toutes les terres usurpées : elle n’acceptera plus qu’Israël ait les coudées franches en Palestine.

La ville assiégée de Gaza s’est transformée en « camp de concentration » isolé de la mer et de la terre (seul le passage de Rafah est ouvert, selon l’humeur égyptienne) et n’a pas d’aéroport. Par conséquent, toutes les armes entrent dans la ville par des tunnels secrets. Cependant, cette guerre, qui sera sans aucun doute dévastatrice à Gaza, met en danger l’entité israélienne, en raison de la solidarité que le peuple palestinien manifeste pour la première fois depuis 1948.

L’appel de Benjamin Netanyahou demandant aux résidents israéliens « de tenir bon » n’est pas tombé du ciel. Les dirigeants israéliens n’ont montré aucune volonté de mettre fin à la guerre à un moment précis. La position des USA aux Nations unies en est une autre preuve, car l’ambassadeur américain a mis son veto à un appel au cessez-le-feu au Conseil de sécurité. Par conséquent, le dernier mot reviendra au camp qui survivra le plus longtemps, dans une guerre qui poursuivra son cours entre les belligérants pendant les jours à venir.

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