Maintenant que l’Iran a atteint « l’autonomisation », que fera l’Occident?

Par Elijah J. Magnier 

Traduction : Daniel G.

La « République islamique » d’Iran vient d’atteindre « l’autonomisation » (Tamkeen) avec l’arrivée du président Ibrahim Raisi à la présidence, ce qui lui donne le pouvoir exécutif qu’il gérera en harmonie avec le guide suprême, le Wali al-Faqih Sayyid Ali Khamenei, et avec le pouvoir législatif exercé par le président du Conseil de la Choura, Muhammad Baqir Qalibaf. La formation de ce trio harmonieux à la tête du pays est sans précédent dans l’histoire de la Révolution islamique en Iran depuis 1979. À cela s’ajoutent la recherche et la technologie nucléaires de pointe de l’Iran, son programme de missiles perfectionnés, ses capacités militaires, ainsi que le savoir-faire de ses alliés au Moyen-Orient et en Asie occidentale. L’Iran est parvenu à un moment de l’histoire où il a deux options à proposer à l’Occident, un choix qui sera très difficile à prendre du point de vue occidental.

En 1980, al-Hassan Bani Sadr est devenu le premier président de la République par la voie des urnes. Le Wali al-Faqih et leader de la Révolution, l’Imam Khomeini, désapprouvait ce choix, mais s’est gardé de faire connaître sa position ou d’agir en fonction de son opinion et sa volonté. À cette époque, l’Iran subissait les premières sanctions américaines, qui ont été suivies par la guerre que Saddam Hussein a imposée à la République islamique. De nombreux pays arabes et occidentaux étaient du côté de Saddam et soutenaient la guerre contre l’Iran.

Pendant les premières années, l’Iran a eu du mal à tenir tête à Saddam Hussein, qui bénéficiait d’un soutien international et régional important. Saddam Hussein était armé et autorisé à utiliser des armes chimiques, tant qu’elles étaient utilisées contre les Iraniens qui rejetaient l’hégémonie des USA en les qualifiant de « Grand Satan ». Le manque d’armes des plus rudimentaires a engendré un besoin criant de se doter d’un arsenal défensif et offensif pendant la guerre Iran-Irak. Sur le front, des cohortes de jeunes attendaient le martyr de leurs camarades pour prendre leurs armes. Des volontaires âgés marchaient dans les champs de mines afin de permettre aux jeunes de lancer des attaques et de progresser pour reprendre le territoire occupé par les forces de Saddam. 

Les avions que l’émissaire américain Robert McFarlane a remis à l’Iran en échange de la libération des otages occidentaux détenus au Liban en 1985, qu’on appelait alors la « crise des otages » et « l’affaire Iran-Contra », démontrent toute l’ampleur de ce besoin.

L’Iran augmente ses capacités défensives et offensives

L’Iran a peiné à se relever pendant des années, même après la guerre, en raison des sanctions américaines qu’il subissait. C’est alors que l’industrialisation militaire nationale de l’Iran a pris son essor en développant des technologies importées de la Russie, de la Chine et de la Corée. 

Au fil des ans, l’Iran a développé sa capacité de missiles après avoir reconnu qu’il ne pourrait se doter d’une force aérienne qui deviendrait une arme de dissuasion capable d’affronter la US Air Force ou la puissance aérienne des alliés des USA. Comme la supériorité aérienne des USA est un fait indéniable, l’Iran a choisi de fabriquer des missiles tactiques et stratégiques qui lui ont permis de se défendre et de défendre ses alliés.

La guerre d’Israël contre le Liban en 2006 a d’ailleurs permis à certains de tirer les leçons imposées par l’un des plus puissants alliés de l’Iran, le « Hezbollah », lorsque les tirs de missiles sol-sol contre les frappes aériennes israéliennes ont créé un équilibre de dissuasion.

En 2011, les spécialistes iraniens de la guerre électronique ont coupé le lien de communication d’un drone-espion CIARQ-170 Sentinel des plus perfectionnés, de le capturer et de le cloner. En 2018, l’Iran a lancé à partir de son sol des missiles de croisière subsoniques tous temps de haute précision à longue portée contre des positions de Daech en Syrie et en Irak. En outre, pendant la guerre syrienne qui a duré dix ans, l’Iran et ses alliés ont utilisé plusieurs nouveaux types de missiles (Burkan) dont les spécifications variaient selon la nature de la bataille, du théâtre d’opérations et de la topographie. 

Les drones et les missiles ont encore été perfectionnés pour répondre aux exigences de l’armée iranienne et de ses alliés, chacun en fonction de la nature de la géographie et du théâtre d’opérations dans lequel il se trouve.

Ainsi, les groupes palestiniens de Gaza – qui ont appris à connaître la technologie des missiles de l’Iran – ont pu imposer leur dissuasion à Israël lors de la plus récente bataille. Israël a été contraint d’arrêter ses bombardements parce que les roquettes et les missiles palestiniens atteignaient des objectifs inimaginables au nord et au sud d’Israël et continuaient de tomber quotidiennement, malgré toute la force avec laquelle l’armée de l’air israélienne détruisait les cibles militaires et civiles de Gaza.

En 2020, 16 missiles balistiques de précision lancés par l’Iran ont frappé la plus importante base US en Irak, Ain al-Assad. Le commandant du US CENTCOM, le général Kenneth Mackenzie, a reconnu que l’Iran aurait pu causer plus d’une centaine de morts s’il n’avait pas annoncé à l’avance l’heure de sa frappe et les cibles qu’il voulait détruire. Mackenzie a révélé jusqu’à quel point les missiles de précision iraniens de 1 000 livres étaient fiables, les premiers du genre depuis la Seconde Guerre mondiale.

Par crainte des missiles iraniens qui ont rendu le détroit d’Ormuz dangereux pour les bases militaires US, l’on s’attend à ce que le commandement central des USA déplace le théâtre des opérations vers le port de Yanbu, sur la mer Rouge, dans l’espoir que les missiles iraniens ne puissent atteindre cette base en cas de guerre. 

Grâce au soutien iranien et au partage d’expérience et de technologie au Yémen, les Houthis ont acquis des drones suicide armés guidés par GPS et des missiles de précision très perfectionnés, qui causent de lourds dommages aux forces saoudiennes au Yémen.

L’Iran, puissance nucléaire

Ce qui fait pencher la balance de façon spectaculaire à l’avantage de l’Iran, c’est le projet nucléaire. La technologie atomique iranienne a atteint le stade de la production nationale grâce à de nombreuses centrifugeuses perfectionnées qui enrichissent l’uranium à un rythme plus rapide et à la production d’uranium enrichi à 60 %. Tous les obstacles au nucléaire se sont ainsi effondrés et le niveau de connaissance, d’expérience et de savoir-faire iranien nécessaire à la fabrication de matière nucléaire de qualité militaire a été atteint. La seule raison pour laquelle l’Iran ne produit pas de bombe nucléaire est la fatwa d’interdiction (un avis religieux islamique contraignant prononcé provenant de la plus haute instance théologique musulmane) prononcée par le théologien juriste (Wali al-Fakih) Sayyed Ali Khamenei. Une fatwa n’est cependant pas permanente et est en fait quelque peu flexible selon l’ampleur des risques qui pèsent sur la sécurité nationale ou l’existence de l’Iran.

La conclusion qui s’impose est simple : il n’est plus impossible ni même difficile pour l’Iran de s’armer et d’acquérir toute la puissance militaire nécessaire pour se défendre. Le pays est en mesure de montrer ses capacités et de persuader les autres pays qu’il vaudrait mieux éviter une guerre directe contre la « République islamique ».

Les alliés de l’Iran font partie de sa sécurité nationaleL’Iran a établi des relations avec de nombreux peuples et groupes du Moyen-Orient. L’Iran est parvenu à dresser un mur solide devant ses ennemis en gagnant 

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One thought on “Maintenant que l’Iran a atteint « l’autonomisation », que fera l’Occident?

  1. remarquable point de situation, car il fait une synthèse en ne citant que les détails indispensables pour étayer le propos.
    Bravo et continuez à observer le monde en plein chamboulement avec cette même acuité !

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