Les forces US au Moyen-Orient devraient-elles partir ou rester?

Par Elijah J. Magnier

Traduction : Daniel G.

Le maintien en place ou le départ des forces US qui se trouvent au Moyen-Orient et le prix à payer pour les conséquences de leur décision alimentent les discussions. Ces questions qui se posent expriment une réalité que l’administration américaine examine plus sérieusement pour la première fois avec impartialité, d’autant plus qu’il est devenu évident que tous les objectifs et résultats visés par les USA ont échoué et conduit à des résultats contre-productifs. Réduire ou retirer leurs forces de combat et s’appuyer sur la diplomatie sont deux mesures qui suffiraient à préserver les acquis obtenus jusqu’à maintenant au moyen d’une approche moins agressive. Cependant, de nombreux responsables occidentaux craignent qu’une telle mesure puisse être interprétée comme un abandon du bourbier moyen-oriental et une invitation, par les ennemis et concurrents des USA (Chine, Russie et Iran). de prendre le relais et combler le vide laissé par l’oncle Sam.

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Au cours des vingt dernières années, les USA ont participé, directement ou avec le soutien de leurs alliés du Moyen-Orient, à de nombreux conflits très coûteux pour le trésor américain (ex. la guerre au Yémen) qui n’ont pas abouti à la paix ou à la stabilité. D’une manière ou d’une autre, ces guerres ont engendré une plus grande hostilité envers les forces et l’image des USA. Washington s’est fait moins d’amis qu’il ne l’espérait et a exposé les forces US basées dans différents pays (Irak, Syrie et Afghanistan) à des dangers plus ou moins graves. 

En conséquence, les décideurs occidentaux estiment qu’il est impératif de fermer plusieurs bases militaires disséminées au Moyen-Orient et de retirer les flottes navales inutiles stationnées dans les pays amis du Golfe.

Cette idée de libérer le Moyen-Orient de la présence militaire américaine est combattue par ceux qui affirment que les forces US doivent rester pour protéger les alliés des USA, en particulier Israël. De nombreux États et monarchies arabes ne survivraient pas une semaine sans les USA, comme l’a déclaré l’ancien président Donald Trump. Ces monarchies sont les protégées des USA et bénéficient de leur protection contre les soulèvements intérieurs et les appels à la liberté de leurs populations.

En outre, on continue de prétendre que la présence des USA est nécessaire au Moyen-Orient pour empêcher les attaques terroristes contre les Américains; promouvoir les transitions démocratiques et les droits de la personne, lutter contre la corruption; fournir une aide humanitaire; mettre fin aux conflits armés à l’intérieur des pays; s’assurer qu’il n’y ait plus d’armes de destruction massive; protéger la production d’énergie; s’opposer à des organisations comme le Hamas et le Hezbollah; empêcher l’Iran d’obtenir une bombe nucléaire; maintenir un pouvoir de dissuasion; et garantir la liberté de navigation dans les détroits d’une importance capitale (Ormuz et Bab el-Mandeb).

La solution réaliste à ces préoccupations n’est pas compliquée. Lorsque la nouvelle des trois rencontres entre l’Iran et l’Arabie saoudite à Bagdad est sortie, un optimisme exagéré prévalait et prévaut toujours. Les habitants de la région croyaient qu’une solution aux multiples problèmes et guerres non résolus pourrait bientôt voir le jour. Ce n’a jamais été la lune de miel entre l’Iran et l’Arabie saoudite. Ce sont des ennemis non déclarés et les USA ont saisi toutes les occasions de semer un terreau fertile d’animosité et de haine entre les deux pays pour empêcher tout rapprochement. Les rencontres en Irak se sont déroulées sans la présence d’un partenaire, d’un participant ou d’un médiateur américain.

En outre, la présence américaine au Moyen-Orient n’a pas protégé Israël des bombardements continuels du Hezbollah lors de la guerre de juillet 2006, pas plus qu’elle n’a empêché le « Hamas » de bombarder des secteurs et des villes israéliennes du nord et du sud dans le cadre de l’opération « Épée de Jérusalem ». Par conséquent, la « protection d’Israël » est une excuse peu convaincante, car les USA fournissent à Israël toutes les armes qu’il demande, forment ses officiers avec de l’équipement militaire dernier cri et partagent des renseignements de sécurité sans être nécessairement être géographiquement proches d’Israël.

En ce qui concerne la nécessité de rester au Moyen-Orient pour prévenir les attaques terroristes contre les USA, le président Barack Obama a introduit la doctrine et la pratique consistant à recourir à des drones, que les forces US ont utilisés à qui mieux mieux contre des cibles et pour des assassinats ciblés de personnes qu’elles voulaient éliminer. En outre, les expériences vécues dans la lutte contre le terrorisme ont prouvé que c’est la coopération entre les services du renseignement qui empêche les groupes djihadistes de commettre des opérations terroristes contre n’importe quel pays. La présence de 60 000 militaires américains au Moyen-Orient dans des dizaines de bases n’a pas empêché les attentats terroristes contre le USS Cole en 2000 et contre les tours jumelles de New York en 2001, ni les attaques contre les ambassades et les intérêts américains dans le monde (ambassades et consulats américains en 2004 en Arabie Saoudite; Pakistan en 2006; Turquie en 2008; Pakistan en 2010; Afghanistan en 2011; Égypte en 2012; Turquie en 2013; Afghanistan en 2013).

Quant à l’exportation de la démocratie, le président Donald Trump a lui-même déclaré qu’il ne se soucie pas de l’exporter et qu’il aime les dictateurs. Trump s’est basé sur l’expérience de l’administration qu’il dirigeait pour annoncer qu’il était impossible d’exporter la démocratie pendant les guerres en Afghanistan et en Irak, et que les guerres menées par les USA sous différents noms n’ont pas empêché les talibans de progresser et de prendre plusieurs villes malgré la présence de 100 000 soldats US dans le pays. De plus, l’occupation de l’Irak par les USA en 2003 n’a pas empêché l’émergence de factions irakiennes qui ont combattu les forces US et les pourchassent encore pour les forcer à quitter la Mésopotamie.

Pour ce qui est de la lutte contre la corruption, le Moyen-Orient regorge de partis politiques, de dirigeants et de décideurs accusés de corruption par le peuple. Ces politiciens corrompus sont les plus anciens et les plus proches alliés de Washington et bénéficient de sa protection et de son soutien financier dans certains cas. David Hale, le sous-secrétaire d’État aux Affaires politiques, a déclaré que son pays a versé dix milliards de dollars à des partis et à des organisations qui n’ont pas réussi à atteindre l’objectif des USA au Liban qui était de freiner le Hezbollah.

Les USA n’ont pu mettre fin à aucun des conflits armés qu’ils ont engagés au Moyen-Orient. Pendant la guerre contre Daech, l’armée syrienne et ses alliés ont combattu et vaincu le groupe terroriste dans 70 % du territoire syrien. Dans le nord-est occupé de la Syrie, les forces US ont empêché l’armée syrienne de traverser l’Euphrate pour y pourchasser Daech et demandé aux Kurdes syriens d’effectuer ce travail sur 23 % du territoire, avec le soutien des forces US. Les 7 % restants sont toujours sous occupation turque.

En Irak, les « Forces de mobilisation populaire » (FMP), ainsi que l’armée et la police fédérale irakiennes, ont combattu et vaincu Daech, en reconquérant le tiers du pays qu’il avait perdu aux mains du groupe terroriste en 2014. Loin d’en être la force motrice, le soutien des USA y a apporté tout de même une valeur ajoutée. 

En occupant l’Irak et le nord-est de la Syrie, les USA n’ont pu empêcher l’expansion de l’influence de l’Iran et du Hezbollah en Syrie, ni de stopper les convois de ravitaillement militaire transportant divers types d’armes de pointe affluant vers l’Axe de la Résistance au Moyen-Orient. Par conséquent, loin d’avoir atteint leur objectif de dissuasion, les forces US au Moyen-Orient ont plutôt contribué à accroître la haine envers leurs troupes et donné naissance à une nouvelle résistance bien armée et entraînée, qui s’est donné pour objectif d’expulser les forces US du Moyen-Orient.

Les USA ne sont pas non plus en mesure d’arrêter l’Iran sur la voie du nucléaire, à moins que toutes les sanctions ne soient levées et uniquement dans le cadre des négociations en cours à Vienne. L’Iran étant parvenu à l’autonomisation, les forces US déployées au Moyen-Orient ne manqueront pas de passer un mauvais quart d’heure en cas de recours à la force contre l’Iran. 

Au chapitre de la liberté de navigation, elle n’est garantie qu’en l’absence de guerre ou d’hostilité entre les USA et l’Iran. Téhéran possède des missiles antinavires supersoniques précis ainsi que des drones suicide armés. De plus, les USA ont trouvé une solution de rechange à leur navigation dans le détroit d’Ormuz du côté de Yanbu sur la mer Rouge, afin d’échapper à la portée des missiles balistiques de l’Iran. De même, tous les pays riches en pétrole qui bordent le détroit d’Ormuz ont trouvé un moyen de contourner le détroit au profit de terminaux de la mer Rouge pour y transférer les ressources énergétiques en cas de guerre généralisée ou de guerre des pétroliers comme cela s’est produit ces dernières années.

Dès lors, quel est l’intérêt de maintenir des dizaines de milliers de soldats américains au Moyen-Orient? Ce n’est pas la présence physique importante d’une force militaire qui empêchera les pays du Moyen-Orient d’établir des relations commerciales avec la Chine, la Russie ou tout autre pays que les USA. Bien au contraire, la diplomatie douce et dure demeure l’arme la moins coûteuse et la plus efficace. En cas de besoin, les USA sont en mesure d’envoyer les forces nécessaires, comme ils l’ont fait lors de la guerre du Golfe, en Afghanistan et pendant l’occupation de l’Irak.

La présence militaire américaine au Moyen-Orient est devenue une source d’inquiétude pour Washington et cause plus de tort que de bien à la sécurité et aux intérêts nationaux des USA. Le harcèlement des troupes US devrait s’intensifier en Irak et nous ne pouvons exclure que le même scénario se produise en Syrie à l’avenir. Néanmoins, peu importe les discussions menées à quelque niveau que ce soit parmi les décideurs, il semble hautement improbable que nous assistions à un départ anticipé des forces US du Moyen-Orient.

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