Conflit USA-Israël au Soudan : Coup d’État ou rajustement du partenariat?

Par Elijah J. Magnier

Traduction : Daniel G.

En 1992, j’ai demandé au président du Conseil national de transition, Mohamed Al-Amin Khalifa, dans son bureau à Khartoum : « Qui dirige le Soudan, Omar al-Bachir ou Hassan al-Tourabi? » Ce dernier m’avait dit à la même époque, lors d’une visite de sa maison dans la capitale soudanaise, qu’il croyait « qu’un officier (al-Bachir) à la tête du pays ferait plaisir à l’Occident ». J’ai obtenu la réponse suivante : « Dieu est notre souverain à tous ». Voilà un peu moins de trois ans que le Soudan n’a toujours pas de Parlement ni de président. Aujourd’hui, le Soudan est à nouveau dirigé par les militaires, qui se sont retournés contre leur partenaire civil au gouvernement.

Le régime d’Omar al-Bachir a été renversé en avril 2019, de sorte que le lieutenant-général Abdel Fattah al-Burhan a pris les rênes du pouvoir au nom d’un « conseil souverain de transition » composé de civils et de militaires. Avec l’arrivée d’un gouvernement de transition préparant les prochaines élections parlementaires de 2023, le premier ministre Abdalla Hamdok et ses ministres se sont retrouvés sous l’emprise des militaires, le lieutenant général Al-Burhan devenant alors le seul dirigeant du Soudan. La détention du premier ministre et de la plupart des membres de son cabinet (la ministre des Affaires étrangères Mariam al-Sadiq al-Mahdi est l’une des rares à ne pas être incarcérée) a eu lieu une heure seulement après qu’il ait fait l’éloge du général Al-Burhan. Hamdok a été arrêté et accusé de « sédition et de racisme visant à conduire le pays à la guerre civile, à détourner la révolution et à prendre pour cible les forces armées. » 

Le lieutenant-général Al-Burhan a donné l’ordre de placer en détention le premier ministre Hamdok et bon nombre de ses ministres et autres dirigeants de partis politiques. Les militaires ont pris d’assaut le bâtiment du siège de la radio et de la télévision dans la ville d’Omdurman. Al-Burhan a limogé six ambassadeurs soudanais aux USA, dans l’UE, au Qatar, en Suisse et en Chine qui avaient reproché ses gestes.

Israël soutient le gouvernement militaire dirigé par Al-Burhan. Bien que les USA aient appuyé Hamdok, le 15epremier ministre du Soudan, le commandement de l’armée soudanaise n’a pas hésité à le jeter en prison, pour ensuite l’assigner à résidence. Il a été autorisé à recevoir un appel du secrétaire d’État américain Anthony Blinken et à accueillir des diplomates occidentaux chez lui. L’intervention américaine a permis d’obtenir la libération temporaire du premier ministre, qui n’était pas autorisé à recevoir des visiteurs locaux, sous la surveillance de gardes lourdement armés. De nombreux pays soutiennent le coup d’État, mais bien d’autres s’y opposent.

Les pays de la région comme l’Égypte, l’Arabie saoudite et les Émirats, qui considèrent le commandant militaire comme un rare dirigeant non islamique qui entretient de bonnes relations avec Israël, veulent exclure du pouvoir les islamistes et les gauchistes représentés par le premier ministre. Ils préfèrent, tout comme Israël d’ailleurs, soutenir un dirigeant militaire soudanais solide. Les Émirats et l’Arabie saoudite ont fourni au conseil militaire soudanais une aide de 3 milliards de dollars. Ces pays craignent les islamistes, qui sont soutenus par le Qatar et la Turquie, qu’ils perçoivent comme une menace à leur monarchie et à leur pouvoir. L’Égypte considère d’ailleurs les Frères musulmans comme un groupe terroriste. Ces pays profitent de la détérioration de la situation économique pour soutenir le coup d’État militaire dirigé par le lieutenant-général al-Burhan, qui a le pouvoir de modifier le « document constitutionnel » sans aucune consultation ni obligation de rendre compte.

Dans les années 1990, sous la présidence d’Omar al-Bachir, le Soudan a accueilli Oussama Ben Laden et a été l’un des principaux fournisseurs d’armes entre l’Iran et les Palestiniens de Gaza. Sous la direction du lieutenant-général al-Burhan, une première délégation israélienne s’est rendue au Soudan en novembre 2020 pour discuter de la coopération en matière de sécurité alimentaire, d’approvisionnement en eau, d’agriculture et de soins de santé. L’année dernière, le lieutenant-général Al-Burhan s’est rendu à Entebbe, en Ouganda, où il a rencontré le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu après avoir « reçu un signal positif de Dieu » pour tenir une réunion avec son nouveau partenaire israélien.Le 5 octobre, une délégation israélienne s’est rendue à Khartoum, a rencontré le lieutenant-

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