Que s’est-il passé à Vienne? Réponse de l’Iran à une menace du négociateur occidental

Par Elijah J. Magnier

Traduction : Daniel G.

Que vient-il de se passer derrière les portes closes des négociations de Vienne au sujet de l’accord sur le nucléaire iranien? Où en sont les négociations euro-iraniennes après cette première session depuis l’élection du nouveau président iranien Ibrahim Raisi dans le cadre de la septième ronde de négociation depuis le début des pourparlers entre les deux parties?

Selon une source présente à Vienne, « le problème pour le négociateur européen est d’apprendre à connaître son nouvel homologue iranien et son approche à l’égard de l’accord sur le nucléaire, qui est différente de celle de son prédécesseur. En 2015, le gouvernement de l’ex-président Hassan Rouhani était convaincu qu’il fallait conclure un accord à tout prix, même au détriment des intérêts iraniens. En révélant aux négociateurs européens et américains que l’Iran traversait une grave crise économique et qu’un accord était nécessaire, l’ancien négociateur iranien a commis une erreur stratégique. Lorsque le président Raisi a pris le pouvoir, il a déclaré que l’accord sur le nucléaire n’était pas sa priorité. Par conséquent, les progrès scientifiques iraniens dans le domaine nucléaire, le développement rapide de la capacité nucléaire de l’Iran, l’enrichissement de l’uranium et l’utilisation de centrifugeuses perfectionnées ces derniers mois ont placé le négociateur iranien dans une position de force que le négociateur précédent ne possédait pas. Si l’Iran s’est rendu à Vienne, c’est pour négocier en position de force et non de faiblesse. »

La source officielle poursuit : « Le négociateur européen a indirectement menacé l’Iran à deux reprises en parlant au négociateur iranien. Le ministre des Affaires étrangères adjoint et chef de l’équipe de négociation, Ali Bagheri Kani, a répondu de manière adéquate. Le négociateur européen a déclaré qu’Israël se préparait à frapper l’Iran et que l’Europe et les USA ne l’empêcheraient pas indéfiniment si l’Iran ne concluait pas l’accord. Le négociateur européen a également dit à Bagheri que l’Europe pourrait ajouter ses propres sanctions à celle des USA si les négociations de Vienne ne progressaient pas. Le chef de l’équipe iranienne a répondu avec fermeté en disant que l’Iran ne conseille à aucun pays de le provoquer, car il a le doigt sur la gâchette. Par conséquent, il ne fait aucun doute que l’Iran ripostera immédiatement à toute agression de quelque partie que ce soit, quelle que soit la taille de cet agresseur (une allusion à une frappe d’Israël ou du duo UE-USA). Il a ajouté que ce n’est pas quelques avions israéliens qui réussiront à détruire le programme nucléaire iranien, hormis quelques cibles. En revanche, l’Iran peut provoquer des destructions dont Israël n’a jamais été témoin auparavant, car l’Iran aura le pouvoir légitime et le droit de riposter. En pareil cas, l’agresseur, que ce soit Israël ou toute autre partie impliquée, regrettera fortement d’avoir déclenché une guerre plus étendue dans la région. »

« Le continent européen, notamment la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne, qui sont signataires de l’accord sur le nucléaire de 2015, n’a pas osé s’opposer aux sanctions unilatérales des USA. Vous – a dit Bagheri à ses interlocuteurs – n’avez pas respecté vos signatures. Par conséquent, vos sanctions unilatérales ne feront pas de différence, car l’Iran se tourne vers l’Orient. Téhéran tient à maintenir de bonnes relations avec l’Europe, mais l’Iran ne se soucie guère de ce que l’Occident fera ou ne fera pas. Nous subissons le maximum de sanctions américaines et croyons qu’il reste peu de sanctions à imposer par l’Europe, puisqu’il n’en reste plus à la disposition des USA », a déclaré Bagheri au négociateur européen. 

Bagheri est retourné à Téhéran pour des consultations, mais a laissé l’équipe de négociation derrière lui, avec l’intention de revenir la semaine prochaine muni une autre proposition à soumettre, puisque l’équipe de négociation européenne a rejeté les deux propositions précédentes qu’elle jugeait inacceptables.

La source a confirmé que « l’équipe de négociation européenne a insisté pour trouver un mécanisme menant à l’arrêt du programme nucléaire et de l’enrichissement de l’uranium. À aucun moment l’équipe européenne n’a remis en cause les sanctions unilatérales imposées par les USA sous les yeux des signataires occidentaux. C’est inacceptable pour l’Iran, car il n’y a aucune garantie que les sanctions ne seront pas réimposées sous un autre nom ou un autre prétexte si l’Iran accepte de revenir à l’esprit de l’accord sur le nucléaire sans garanties futures. De plus, l’Iran ne gèlera pas le développement de son programme d’uranium enrichi tant et aussi longtemps qu’il n’y aura pas d’entente concernant le mécanisme de levée des sanctions et la garantie qu’elles ne seront pas imposées de nouveau ».

L’Iran n’avait pas quitté la table des négociations un seul jour depuis la signature de l’accord en 2015, même si le président Barack Obama n’en a pas respecté toutes les modalités. Son successeur à la présidence, Donald Trump, s’est empressé de déchirer l’accord en 2018. L’Iran a continué de respecter l’accord pendant une année entière. Mais en 2019, il s’est légitimement prévalu des articles 26 et 36 qui lui permettent de se retirer sans quitter progressivement l’accord.

Le président Raisi veut respecter l’accord sur le nucléaire signé en 2015 parce que l’Iran l’a signé. Ce qui ne signifie pas que l’Iran ne peut s’en passer et qu’il ne reviendra pas à l’ancien accord. Mais il n’acceptera pas un nouvel accord construit sur du sable qui pourrait s’effondrer à tout moment.

L’Iran a imposé à toutes les parties le retour aux négociations sur le nucléaire à Vienne lorsque son enrichissement a atteint 60 % et après avoir fabriqué et utilisé des centrifugeuses perfectionnées (de l’IR-1 à l’IR-6 et l’IR-8).Pour en revenir au négociateur iranien, il ne considère pas les deux propositions qu’il a présentées lors de la dernière réunion de Vienne comme sacrées, comme le dit la source. En 

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