L’Iran frappe Israël à partir de Vienne

Par Elijah J. Magnier

Traduction : Daniel G.

Alors que la séance de Vienne s’ouvre demain (jeudi), personne ne s’inquiète et ne bouge aussi intensément qu’Israël, qui tente désespérément d’éviter que les USA et l’Iran ne parviennent à un accord sur le nucléaire, même si ce n’est pas demain la veille qu’il sera entériné. Tel-Aviv cherche des appuis à Washington et dans les capitales du continent européen dans l’espoir d’empêcher la conclusion d’un tel accord, dont les pourparlers semblent malgré tout avoir repris à Vienne.

Un premier signal particulièrement explicite est venu d’Israël lorsque le premier ministre Naftali Bennett a refusé de rencontrer Robert Malley, l’envoyé spécial des USA chargé du dossier nucléaire. Bennett ne croit pas que c’est Malley qui est le principal responsable de la hâte de l’administration américaine d’obtenir un accord avec l’Iran. Il considère plutôt que le président Joe Biden a nommé Malley à son poste parce qu’il est le plus qualifié pour s’entendre avec l’Iran sur le dossier nucléaire, ce qui est le cas.

Par conséquent, le premier ministre israélien exprime son mécontentement à l’administration américaine elle-même, parce qu’elle pousse les négociations dans la direction qu’Israël redoute, soit la conclusion d’un accord avec l’Iran. Malley s’est rendu en Israël, aux Émirats arabes unis, en Arabie saoudite et au Bahreïn pour expliquer la position des USA sur la relance des négociations avec l’Iran dans le cadre de pourparlers indirects entre les deux parties à Vienne pour discuter du dossier nucléaire complexe.

En revanche, le ministre israélien des Affaires étrangères Yair Lapid s’est rendu à Londres et à Paris pour rallier ces pays à la position israélienne. Tout ce qu’il a obtenu, c’est une déclaration de soutien, vide de sens, à l’anglaise, selon laquelle Downing Street « travaillera jour et nuit pour empêcher l’Iran de fabriquer une bombe nucléaire », ce que l’Iran n’a pas l’intention de faire.

Le monde est persuadé que les opérations illégales de sabotage du réacteur nucléaire iranien, les opérations secrètes israéliennes visant à perturber le programme nucléaire et l’assassinat de plusieurs scientifiques iraniens n’ont pas empêché l’Iran d’atteindre une très grande capacité nucléaire. Malgré toutes ces opérations, l’Iran est parvenu au contraire à un niveau jamais atteint auparavant. Par conséquent, il n’a pas offert au monde la tranquillité d’esprit qu’assurait l’accord signé en 2015, pour cause de non-conformité de la part des USA et de l’UE. 

Le major général israélien Isaac ben Israël a déclaré qu’il avait effectivement « eu une conversation avec (le PM Naftali) Bennet peu après son entrée en fonction », en le conseillant comme il avait « conseillé son prédécesseur, soit de mettre fin à l’opposition d’Israël au retour des Américains au Plan d’action global commun ».

« L’effort déployé par Netanyahou pour persuader l’administration Trump de se retirer de l’accord sur le nucléaire s’est avéré être la pire erreur stratégique de l’histoire d’Israël », estime le major général, qui a une longue expérience de la sécurité nationale comme ancien chef du renseignement de l’armée de l’air, commandant de l’Agence pour les projets de recherche avancée de défense et conseiller de Netanyahou.

Pour sa part, Téhéran s’est moqué des attaques israéliennes et des sanctions maximales des USA et a fait patienter le président Donald Trump pendant des mois près de son téléphone qui n’a jamais sonné, les Iraniens préférant qu’il quitte la Maison-Blanche sans avoir à lui parler.

Lorsque Biden est entré en fonctions, il croyait disposer d’assez de temps pour reprendre les négociations sur le nucléaire et a attendu quelques mois avant de les évoquer. L’Iran l’a obligé à se précipiter pour les reprendre lorsque l’Iran a augmenté son taux d’enrichissement de l’uranium avec l’arrivée au pouvoir du président Ibrahim Raisi. L’Iran a décidé ensuite de retarder de cinq mois la date de la reprise des négociations avant d’accepter d’être présent aux réunions de Vienne, en imposant la date de la première réunion et l’absence du drapeau américain dans la salle des négociations.

Le comportement iranien est très probablement un coup porté contre Israël, qui voulait pousser Washington à un affrontement militaire avec l’Iran, car Tel-Aviv ne peut à lui seul détruire toutes les installations nucléaires iraniennes. Si Israël attaque l’Iran, il fera sans doute des victimes et endommagera quelques sites. Mais il est fort peu probable qu’il détruise l’ensemble du programme nucléaire. Tel-Aviv sait très bien que les capacités en matière de missiles de l’Iran – sans parler de celles de ses alliés – sont tout à fait en mesure d’infliger des dommages massifs à l’infrastructure israélienne. C’est pourquoi Israël tente d’entraîner dans une alliance de nombreux pays qui n’ont aucun appétit pour la guerre et qui n’ont aucune envie d’aller se battre contre l’Iran sans l’aval des Nations Unies et, surtout, sans garantie de résultat.

Les USA comprennent que la capacité de réaction de l’Iran prouve qu’elle n’est pas faible. La multiplication des cyberattaques, des assassinats contre les scientifiques iraniens et des attaques contre les navires iraniens ont poussé plus près que jamais l’Iran d’enrichir son uranium à 90 %.

L’Iran est également à « distance zéro » d’Israël par l’entremise du Hezbollah, son allié vital au Liban. Par conséquent, toute guerre avec l’Iran et ses partenaires frappera douloureusement Israël, les USA et les autres pays du Moyen-Orient qui abritent des bases militaires US et qui sont à portée des missiles de précision et des drones suicide iraniens.

Israël a fait tout ce qui était en son pouvoir pour empêcher un accord sur le nucléaire, qui est encore loin d’être chose faite. Cependant, toutes ses tentatives ont échoué et ont même poussé le monde à observer l’Iran se rapprocher de l’obtention d’un véritable pouvoir nucléaire militaire. Israël n’a pas d’autre choix que de se retirer dans un coin et de panser ses plaies. Israël doit maintenant accepter qu’il ne peut changer les faits. L’Iran a déjà remporté une ronde essentielle en initiant lui-même la reprise des pourparlers à Vienne et en imposant son propre rythme et ses propres conditions.

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