Le projet de loi sur le Hashd al-Shaabi en Irak : la souveraineté mise à l’épreuve sous la pression américaine et britannique

Par Elijah J. Magnier –

L’Irak se retrouve une fois de plus au centre d’un bras de fer stratégique. Un projet de loi visant à institutionnaliser les Forces de mobilisation populaire (FMP, ou Hashd al-Shaabi) a ravivé un débat houleux à Bagdad et déclenché l’alarme à Washington et à Londres, où des responsables avertissent que son adoption franchirait une ligne rouge. Les États-Unis et le Royaume-Uni ont déjà menacé d’imposer des sanctions, non seulement contre l’État irakien, mais aussi contre des personnalités politiques irakiennes influentes.

Au cœur des objections américaines se trouve une inquiétude géopolitique plus large : les États-Unis ne peuvent accepter la consolidation de l’influence iranienne à travers un allié riche et militairement puissant au cœur du monde arabe. Une FMP ancrée légalement représenterait non seulement une force chiite puissante, résistante aux intérêts israéliens, mais aussi un rempart contre la liberté de manœuvre américaine et israélienne dans la région. Un tel développement compliquerait notamment la capacité de Washington et de Tel-Aviv à mener des opérations de sabotage conjointes ou secrètes contre Téhéran, que ce soit en limitant l’accès aux frontières irakiennes ou en renforçant une architecture sécuritaire alignée sur l’Iran et hostile à l’agenda de normalisation avec Israël.

Pour le Premier ministre Mohammed Shia al-Sudani, l’enjeu ne pourrait être plus élevé. D’un côté, les blocs chiites du Cadre de coordination — colonne vertébrale de sa coalition gouvernementale — considèrent les FMP comme essentielles à la souveraineté et à la sécurité de l’Irak. De l’autre, son administration redoute qu’un affrontement direct avec Washington ne dévaste l’économie fragile du pays et ne compromette la stabilité limitée obtenue depuis la défaite de l’EI. Cette tension met en lumière le dilemme de Bagdad : comment concilier impératifs politiques internes et contraintes imposées par les puissances extérieures.

Le parlement irakien compte 329 sièges, et pour qu’une loi soit adoptée, il faut au moins 166 voix — une majorité simple. C’est là que réside le nœud politique. Les blocs chiites du Cadre de coordination, qui contrôlent ensemble près de 170 sièges, pourraient en théorie faire passer le projet. Mais l’unité n’est pas garantie, tandis que les partis sunnites et kurdes restent fermement opposés. Les députés sunnites affirment que les FMP se sont rendues coupables d’exactions dans les provinces sunnites et craignent que leur donner une assise légale ne fige un déséquilibre confessionnel. Les partis kurdes, pour leur part, voient dans le projet une manœuvre centralisatrice de Bagdad qui menace le fédéralisme et réduit leur autonomie. Sans légitimité trans-sectaire, le projet risque d’approfondir les fractures politiques de l’Irak — mais en termes purement numériques, le bloc chiite seul pourrait encore assurer une victoire parlementaire s’il reste uni.

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