L’Iran sous sanctions de l’ONU : Quelles sont les conditions américaines – et pourquoi l’Europe est la grande perdante

Par Elijah J. Magnier –

S’agissant de l’Iran, les objectifs de Washington sont restés remarquablement constants d’une administration à l’autre, quel que soit le gouvernement iranien en place, qu’il soit conservateur ou pragmatique. Derrière le langage diplomatique et les discours sur la « non-prolifération » et la « stabilité régionale », le but poursuivi depuis des décennies demeure le même : amener l’Iran à se soumettre, à renoncer à ses capacités stratégiques, à démanteler ses alliances régionales et, en fin de compte, à accepter une place subordonnée dans un ordre dirigé par les États-Unis. Cet objectif a été poursuivi aussi bien par les présidents démocrates que républicains, par le biais de sanctions, de sabotages, d’attaques cybernétiques, d’isolement diplomatique et de menaces militaires.

Même si ces mesures s’intensifient, les responsables occidentaux continuent de présenter leurs actions comme faisant partie d’une stratégie diplomatique plus large. La cheffe de la diplomatie européenne, Kaya Kallas, a ainsi affirmé que le retour des sanctions onusiennes « ne signifie pas la fin de la diplomatie » mais constitue « une étape nécessaire » vers de nouvelles négociations. À Washington, de hauts responsables ont tenu un double discours similaire : le secrétaire d’État Marco Rubio a décrit le rétablissement automatique des sanctions comme un « signal clair » indiquant que le monde ne tolérerait pas de « demi-mesures » iraniennes, tout en maintenant qu’une solution négociée reste « la meilleure issue ». Téhéran considère toutefois ce langage comme profondément hypocrite – une manière de justifier la coercition tout en rejetant sur l’Iran la responsabilité de l’échec du dialogue – et souligne que les conditions américaines sont irréalisables et inacceptables.

Pour Téhéran, cette réalité n’est plus sujette à débat. Ce qui est devenu tout aussi évident au cours de la dernière décennie, c’est que l’Europe – qui a souvent tenté de se présenter comme une force modératrice et un défenseur du dialogue – n’a ni la volonté politique ni l’autonomie stratégique nécessaires pour agir indépendamment de Washington. Et, en conséquence, c’est l’Europe, plus encore que les États-Unis, qui risque de sortir perdante de cette confrontation qui s’intensifie.

Pragmatistes ou radicaux : aucune différence

En Occident, les commentateurs politiques ont tendance à diviser la direction iranienne entre « durs » et « modérés », comme si l’orientation de sa politique étrangère dépendait de la faction au pouvoir. L’administration Rouhani-Zarif, qui avait négocié en 2015 le Plan d’action global commun (JCPOA) avec le P5+1, était largement décrite comme pragmatique, centriste, voire réformiste. Pourtant, c’est ce gouvernement – et non les soi-disant « durs » – qui a été frappé par les sanctions les plus sévères de l’histoire de la République islamique lorsque Donald Trump s’est unilatéralement retiré de l’accord en 2018 et a lancé sa campagne de « pression maximale ».

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