
Par Elijah J. Magnier
Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a prédit que le détroit d’Ormuz perdrait toute importance d’ici deux ans. Lors d’un entretien accordé en Arizona au début du mois d’août 2026, il a affirmé que l’utilisation par l’Iran de cette voie maritime comme point d’étranglement stratégique avait accéléré la construction de voies d’exportation alternatives. Il estime qu’entre 50 et 70 pour cent de l’énergie transitant actuellement par Ormuz finira par être acheminée par des conduites souterraines, réduisant le détroit à ce qu’il a appelé « une simple étendue d’eau parmi d’autres ». Cette prévision repose sur une observation valable, mais aboutit à une conclusion insoutenable. Bessent confond une solution pétrolière partielle, saoudienne et émiratie, avec une solution énergétique régionale globale. Les deux ne sont pas équivalentes.
L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis développent leur capacité à exporter du pétrole brut sans emprunter le détroit. Ces projets réduiront leur vulnérabilité à une fermeture maritime et affaibliront l’un des leviers de l’Iran. Ils ne peuvent toutefois rendre Ormuz négligeable en deux ans. Ils n’offrent aucune voie alternative à la plupart des exportateurs de pétrole du Golfe, aux quelque cinq millions de barils de produits pétroliers qui y transitent chaque jour, au gaz naturel liquéfié qatari ni à l’immense activité commerciale passant par les ports du Golfe.
L’ampleur de la dépendance actuelle constitue le point de départ. Selon l’Agence internationale de l’énergie, près de 20 millions de barils de pétrole brut, de condensats et de produits pétroliers ont transité quotidiennement par Ormuz en 2025. Cela représentait environ un quart du commerce pétrolier maritime mondial. Près de 15 millions de barils étaient constitués de pétrole brut et de condensats, tandis que près de cinq millions correspondaient à des produits raffinés.
Ces volumes se répartissaient entre plusieurs exportateurs. L’Arabie saoudite acheminait environ 6,23 millions de barils par jour à travers le détroit, les Émirats 3,24 millions, l’Irak 3,63 millions, l’Iran 2,41 millions, le Koweït 2,37 millions, le Qatar 1,43 million et Bahreïn environ 210 000 barils.
Seuls l’Arabie saoudite et les Émirats disposent actuellement d’oléoducs opérationnels capables d’acheminer d’importants volumes de brut en contournant Ormuz. L’Irak, le Koweït, le Qatar et Bahreïn restent dépendants de cette voie maritime pour l’écrasante majorité de leurs exportations pétrolières par mer. Même si Riyad et Abou Dhabi redirigeaient chaque baril qu’ils sont en mesure de détourner, leurs oléoducs n’offriraient aucune issue aux autres producteurs.
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