Des forces spéciales assassinent-elles des officiers russes en Syrie? « L’attaque ukrainienne » s’est transformée en opération de sabotage. 

Le colonel Oleg Pechevisty a été tué la semaine dernière dans la province centrale de Syrie.

Par Elijah J. Magnier

Traduction : Daniel G.

Au cours des derniers mois, l’Occident a mis en garde contre l’imminence d’une « offensive printanière » ukrainienne pour vaincre les forces russes au-delà de la Crimée. Cette attaque présumée, qui impliquerait des dizaines de milliers de soldats équipés d’armes de pointe et bénéficiant du soutien logistique et des services de renseignement occidentaux, fait l’objet de discussions depuis plusieurs mois. Toutefois, des événements récents donnent à penser que cette soi-disant « attaque » pourrait être en fait une série d’opérations secrètes de sabotage, de meurtres, de frappes de drones et d’assassinats ciblés d’officiers russes en Russie et dans diverses parties du monde, menées par des forces spéciales secrètes inconnues.

Selon des sources au sein des services de sécurité à Damas, la capitale syrienne, « dans la dernière semaine du mois de mai, une attaque s’est produite dans la zone de Khan Shaykhun et de Maarat al-Numan, dans la province d’Idlib. Des forces spéciales inconnues et …

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très bien entraînées ont franchi le périmètre de barbelés protégeant les troupes russes. Les attaquants ont réussi à s’infiltrer dans l’enceinte, pour ensuite cibler et tuer plusieurs officiers russes. La force attaquante, estimée à six membres des forces spéciales, s’est rapidement retirée sous la protection de quatre autres membres laissés derrière pour faire sauter des explosifs, détournant ainsi l’attention de l’objectif principal qui était de réaliser l’assassinat ciblé et d’assurer la fuite en toute sécurité des assaillants ».

Les sources syriennes indiquent que « les assaillants ont désactivé les caméras de surveillance avant d’entrer dans le complexe, ce qui leur a permis de mener leur opération avec précision et de quitter les lieux sans subir de pertes. Ils ont ensuite fui vers l’est de la Syrie à bord de véhicules qui attendaient près du site ».

Les sources estiment que ce genre d’opérations vise à semer la confusion parmi les forces russes et à leur faire comprendre qu’elles peuvent être prises pour cible dans le monde entier. Ces incidents cherchent à démontrer que leurs adversaires disposent de capacités de renseignement avancées, qu’ils ont l’audace de surveiller les mouvements des Russes et qu’ils sont capables de mener des missions contre eux, notamment assassiner leurs officiers.

Malgré l’absence de sources multiples confirmant cette opération en particulier, divers éléments d’information convergent pour indiquer que quelque chose d’important s’est passé dans la région de Khan Shaykhun pendant la semaine en question, qui a causé un état d’alerte et de la confusion parmi les forces russes. Il est important de noter que la société syrienne est composée de personnes de diverses allégeances, qui soutiennent Damas ou les forces d’opposition. De nombreux particuliers font partie intégrante de l’appareil de sécurité nationale des États-Unis et d’Israël, qui leur permettent de mener des opérations de sécurité contre des cibles à l’intérieur de la Syrie. Ce recours au service de Syriens a été illustré par le transfert de certaines personnes, dont les Casques blancs, en Israël en 2018, avant l’incursion de l’armée syrienne dans le sud du pays.

Tout au long de la guerre, la Syrie a été témoin de plusieurs incidents de sécurité visant le groupe militant libanais Hezbollah et les officiers des Gardiens de la révolution iranienne. Ces assassinats ciblés prenaient la forme d’engins explosifs perfectionnés, d’attaques de tireurs d’élite et de raids de groupes formés et équipés d’armes blanches et de silencieux. Certains de ces groupes ont même réussi à s’infiltrer en Israël, suscitant l’inquiétude et obligeant à déplacer les opérations vers le sud de la Syrie.

La Russie elle-même subit des actes de sabotage, comme les drones suicides ciblant Moscou, le Kremlin et la ville frontalière de Belgorod, ainsi que les tentatives d’infiltration de groupes armés sur le territoire russe. Ces opérations semblent destinées à distraire et à désorienter le Kremlin et à mettre en évidence sa prétendue incapacité à protéger le pays alors que ses forces sont engagées en Ukraine.

En l’absence de preuves crédibles, le manque de préparatifs en vue d’une opération militaire de grande envergure telle qu’envisagée par l’Ukraine, qui implique des dizaines de milliers de soldats, met en doute la faisabilité et l’urgence d’une telle attaque. Le déploiement massif de forces, l’établissement du soutien logistique et le transport de troupes et de munitions vers les lignes de front laissent des traces que les services du renseignement peuvent détecter grâce à la surveillance humaine et électronique. Mais il n’existe aucune preuve concrète ou indice de préparatifs en cours, comme des bombardements préliminaires, la construction de routes ou l’élimination des obstacles au passage des troupes. Cela suggère que la probabilité d’une attaque imminente à grande échelle n’est pas réaliste ou, du moins, pas imminente.

Par conséquent, la guerre secrète que les États-Unis mènent actuellement contre la Russie à l’étranger et sur le territoire russe pourrait se dérouler par le biais de ces opérations secrètes. Ce sabotage et ces assassinats ciblés pourraient bien être la forme qu’a prise la guerre promise que les USA ont ouvertement soutenue et préparée aux côtés de l’Ukraine. Pour sa part, le président Vladimir Poutine s’est abstenu d’utiliser des armes non conventionnelles qui pourraient avoir des conséquences dévastatrices pour les amis de la Russie et entraîner un coup d’État contre Moscou.

Il n’y a pas de guerres propres. Tous les conflits sont intrinsèquement sales et destructeurs. Mais la guerre en cours a outrepassé les limites précédentes, a dépassé les lignes à ne pas franchir établies et vacille constamment au bord du gouffre. Elle ne montre aucun signe de désescalade, ce qui la rend plus dangereuse que tout autre conflit antérieur.

Alors que ces opérations secrètes se poursuivent, la prétendue attaque ukrainienne semble se transformer en opérations de sabotage contre la Russie. Bien que les preuves tangibles soient rares, la série de meurtres, de frappes de drones et d’assassinats ciblés d’officiers russes aux quatre coins du monde donne à penser à un effort calculé pour déstabiliser et ébranler les forces russes. Ces actions remettent en cause la capacité du Kremlin à protéger ses intérêts tout en restant engagé en Ukraine. La question de savoir si cette guerre secrète va s’intensifier ou s’il existe des perspectives de désescalade reste incertaine, ce qui laisse la communauté internationale sur le qui-vive alors qu’elle suit de près l’évolution de la situation.

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